Entretien avec Jonathan Johnson

Jonathan Johnson est le journaliste spécialiste du PSG d’ESPN mais également de BeIN Sport USA. Abonné au Parc des Princes de 2004 à 2006 avant de rentrer en Angleterre, Jonathan Johnson cultive une réelle passion pour le football, en particulier pour le club de la capitale. Contacté par nos soins, le journaliste évoque avec nous le PSG qu’il a connu avant l’arrivée de QSI, l’ambiance des Clasico, Unai Emery et Hatem Ben Arfa.

Canal Supporters : Vous suivez le PSG depuis presque 15 ans maintenant. Pouvez-vous nous décrire ce lien qui vous rattache au club de la capitale, vous qui venez d’Angleterre?

Jonathan Johnson: Oui, je suis arrivé à Paris pour la première fois en 2003. Je connaissais déjà un peu le club et, supporter d’Aston Villa, je manquais les matches de mon équipe. Alors, pour y remédier, j’ai commencé à regarder régulièrement le PSG. J’ai vu des beaux matches en 2003-2004, notamment la victoire 2 buts à 1 face à Marseille avec un magnifique but de Pauleta. C’était la saison où Paris finit deuxième. J’ai décidé de m’abonner en 2004-2005 mais ce ne fut pas leur meilleure saison. Malgré tout, mon attachement au club grandissait et le PSG a commencé à représenter à mes yeux autant qu’Aston Villa. J’ai quitté Paris en 2006 pour retourner à l’université en Angleterre mais j’ai gardé cette passion pour le PSG, je voulais donc voir au moins un match par saison au Parc des Princes. Je n’oublierai pas cette fois où le PSG a battu Bastia 2-1 en Coupe de France 2008. Loris Arnaud avait inscrit un doublé, une éclaircie dans une période sombre! Le PSG était en difficulté et suivre la lutte contre la relégation en 2007-2008 fut particulièrement difficile. Je préparais mes examens quand Amara Diané a marqué deux fois face à Sochaux, maintenant le club en Ligue 1! Durant l’année scolaire, j’ai gravi les échelons dans le monde du journalisme et quand j’ai vu que QSI voulait racheter le PSG, j’y ai vu une opportunité de retourner à Paris pour combiner mon travail et ma passion.

Vous avez connu le PSG sous Vahid Halilhodzic et Paul Le Guen. Désormais, le club de la capitale est connu dans le monde entier et est respecté en Europe. Vous attendiez-vous à cela il y a dix ans?

JJ: Même si sa seconde saison ne fut pas la meilleure, je garde de très bons souvenirs du PSG sous Coach Vahid. En particulier ce tacle de Sylvain Armand sur Fabrice Fiorèse lors de la victoire 2 buts à 1 face à l’OM en 2004-2005. C’est d’ailleurs durant ce match que Pedro Pauleta a inscrit un superbe but. Je ne garde pas de souvenirs précis de l’époque Paul Le Guen, j’ai préféré l’ère-Kombouaré, une ère qui se chevauche légèrement avec celle de QSI. Non, il y a dix ans je ne m’attendais pas à ce que le PSG devienne ce qu’il est aujourd’hui. J’ai toujours senti que ce club avait le potentiel d’être un géant d’Europe, mais un club également capable d’auto-destruction. C’est assez impressionnant de voir que, malgré l’argent de QSI, le PSG garde sa prédisposition à se créer ses propres problèmes. 

Avant, les Clasico étaient des événements attendus de tous. L’ambiance était bouillante, il y avait de la tension et en dehors des terrains, des joueurs détestés parce qu’ils ont franchit la barrière du club d’ennemi. Désormais, tout à bien changé. Les ententes en seraient presque cordiales et l’ambiance édulcorée. Quelle version avez-vous de ce changement? Les Clasico d’antan vous manquent-ils?

JJ: Oui, bien sûr que cette rivalité me manque! L’arrivée de QSI a rendu très difficile toute compétitivité de l’OM mais c’est trop simple de blâmer le PSG pour les difficultés des autres clubs de Ligue 1. Le manque de management de l’OM ces dernières années était pitoyable et a contribué à l’énorme régression du club. L’arrivée du nouveau propriétaire devrait apporter des changements et j’espère que l’OM pourra rivaliser. Avec le PSG. Mais j’ai entendu beaucoup de choses négatives au sujet de Franck McCourt donc il faudra attendre et analyser avant de savoir si cette arrivée est bénéfique ou pas. Un OM puissant est important pour le PSG, pas seulement pour les deux clubs mais également pour la Ligue 1. Cela aidera à améliorer l’image du championnat de France. J’espère également que des solutions seront trouvées dans le futur pour que plus de supporters puissent assister aux matches au Parc des Princes et au Vélodrome. Le Classique a besoin de cette atmosphère!

L’arrivée d’Emery ne satisfait pas tout le monde, beaucoup pointant du doigt les deux défaites du PSG en Ligue 1. Quelles explications apportez-vous aux difficultés actuelles du club?

JJ: Je pense que ces difficultés étaient inexorables. Le PSG était dans un fauteuil avec Zlatan Ibrahimovic et les tactiques de Laurent Blanc ne changeaient que rarement. L’équipe était auto-suffisante en fin de saison dernière et quelque chose devait changer. Ça va prendre du temps aux joueurs habitués à Laurent Blanc de s’adapter complètement à la nouvelle approche d’Unai Emery. Certains le font plus vite que d’autres. Ma question principale après ces deux défaites est de comprendre pourquoi l’équipe jouait un jeu de possession en 4-3-3 à Monaco et à Toulouse alors que ce n’est pas le style de jeu d’Emery. Lors de la pré-saison et durant les premiers matches de la saison, notamment la victoire 4-1 face à Lyon lors du Trophée des Champions, le PSG jouait en 4-2-3-1, pressait énormément et faisait du beau jeu. C’est le style préféré d’Emery et les joueurs semblaient adhérer au système. Je ne comprends pas la décision de jouer en 4-3-3 à domicile comme à l’extérieur depuis la défaite à Monaco. En faisant ça, le PSG ne marque pas le changement depuis le départ de Blanc et on dirait que c’est une décision prise pour faire plaisir à certains joueurs. A domicile, le 4-3-3 est logique puisque c’est une formation prévue pour garder le ballon en dominant son adversaire. Quoi qu’il en soit, hors du Parc, le 4-2-3-1 semble plus propice pour absorber la pression adverse et le PSG dispose de joueurs surpuissants en contre-attaque. A Monaco, il a manqué des joueurs-clés à Emery, en particulier Javier Pastore qui est le vrai numéro 10 de cette équipe et qui rend un 4-2-3-1 possible. Il était disponible face à Toulouse, pourtant il était remplaçant. C’est vrai que ce n’est pas un début de saison idéal en terme de blessures et de problèmes de ré-athlétisation mais je pense que la raison de la méforme des joueurs, en particulier Angel Di Maria, est liée a ces inexplicables changements de tactique. Je crois que le PSG montera en régime en octobre-novembre, une fois qu’Emery sera apte à aligner un onze-type puissant et efficace, et ce plusieurs fois d’affilée. J’espère juste que ces préceptes seront vite assimilés car les critiques subies sont bien trop souvent prématurées.

Hatem Ben Arfa n’est pas présent sur les feuilles de match depuis la rencontre face à Arsenal. Certains disent que le joueur n’est pas assez impliqué aux entraînements, d’autres déclarent que c’est la faute d’Emery. Quel est votre point de vue?

JJ: Je pense qu’Emery a totalement raison. Si le coach sent que l’un de ses joueurs n’est pas au niveau physique, pourquoi devrait-il le faire jouer? Parce que le président l’a décidé ? Je ne pense pas qu’Emery ait mis Ben Arfa à l’écart simplement pour envoyer un message à Nasser Al-Khelaifi. Pour moi, Emery sent que Ben Arfa n’est pas affûté et c’est le seul problème. Il s’est passé la même chose à Séville avec Banega, et au final ça a marché. L’histoire peut se répéter avec Ben Arfa. La condition physique a toujours été un problème pour lui. Ben Arfa était fantastique avec Nice la saison dernière mais il a toujours débuté les saisons en surpoids. La différence c’est qu’il était la star à Nice, donc Claude Puel le titularisait toujours. Jouer 90 minutes toutes les semaines, c’est naturel que la condition physique de Ben Arfa soit à son meilleure après 4 ou 6 semaines. A Paris, il est un joueur parmi d’autres et il n’a aucune garantie de débuter les matches. Ben Arfa avait supposément mûri à Nice, maintenant il doit le prouver au PSG. Sa réaction sur Instagram concernant le challenge proposé par Emery, c’est bon signe et j’espère qu’il y associera les actes. Un Ben Arfa affûté serait superbe à voir au Parc des Princes !

Le PSG affronte Ludogorets ce soir après un match nul face à Arsenal. Que pensez-vous des chances du PSG de finir premier du groupe et de remporter la Ligue des Champions?

JJ: Malgré le nul à la maison face à Arsenal, je continue de penser que le PSG peut finir en tête du groupe A. L’équipe est souvent meilleure en Ligue des Champions et ce fut le cas face aux Gunners. Beaucoup de gens s’attendaient à une défaite du PSG à cause de ses blessés et de ses joueurs en manque de compétition mais la vérité est qu’ils auraient dû enterrer Arsenal. Ludogorets a fait match nul face à Bâle, donc toutes les équipes ont un point après une journée. Si le PSG gagne ses matches compliqués à l’extérieur face à Ludogorets et Bâle, alors la première place devrait se jouer à l’Emirates Stadium face à Arsenal. Gagner à Londres sera difficile mais pas impossible pour le PSG. Désormais, les gens parlent négativement à propos de l’équipe et estiment qu’il n’y a aucun espoir de remporter le titre européen cette saison mais, comme je l’ai dit précédemment, nous verrons en novembre. Quand Emery est arrivé, j’ai senti le PSG vouloir devenir plus fort en Europe mais plus faible en Ligue 1, et ça pourrait continuer ainsi. Le record d’Emery en Europa League est superbe mais il n’a pas joui du même succès en Ligue des Champions. Ni avec Séville, ni avec le Spartak, ni avec Valence. Je pense que le PSG peut finir premier du groupe A. Sur le papier, le PSG conserve beaucoup de qualités, même si Zlatan Ibrahimovic est parti. En réalité, le manque de mobilité du Suédois était souvent rédhibitoire en Europe, beaucoup moins en Ligue 1. Un PSG plus mobile est plus dangereux en Ligue des Champions. Quoi qu’il en soit, je pense que ce sera un accomplissement si Emery arrive à conduire ce PSG en transition jusqu’aux quarts de finale. S’il peut le faire, il pourra bâtir une équipe capable d’aller plus loin mais il aura besoin que QSI dépense plus d’argent qu’ils ne l’ont fait cet été pour reconstruire une équipe et remplacer les joueurs moins efficaces.

À propos Marc Alvarez

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