Patrice Loko, l’écorché vif aux pieds dorés

Patrice Loko, le Loirétain au talent incontestable et incontesté. Une trajectoire qui prit son envol très tôt, presque aussi tôt que son atterrissage. Si l’on ne peut être un Homme qu’en surmontant les douleurs et les fracas de la vie, Patrice Loko est de cette classe d’Homme que beaucoup n’atteindront jamais, même si les dégâts se sont répercutés sur son football. L’attaquant a subi les coups de la vie, mais l’attaquant a tenu.

loko

Demat Patrice Loko, c’est comme cela que l’on dit bonjour en breton. Ou plutôt Degemer mat Patrice Loko, bienvenue. Bienvenue dans ce monde que tu as découvert le 6 février 1970 à Sully-sur-Loire, d’une mère polonaise et d’un père congolais et qui t’as transmis son amour du ballon rond. Installé désormais à Vannes, Patrice Loko est devenu un Breton a part entière, lui qui a été adopté par la région de Nominoë, ancien grand souverain qui combattit avec ardeur les Anglais. Un sens du combat que l’attaquant a acquis tout au long de sa vie.

Loko nantes

Le petit Patrice Loko grandit aux côtés de son ami François M’Pelé et assiste souvent aux matches du PSG où il tombe littéralement dingue de Safet Susic durant sa jeune adolescence. Découvert par le FC Nantes alors qu’il explose aux côtés de Franck Gava en cadet à Amilly, Patrice Loko rejoint alors la Jonelière, et ce malgré les avances incessantes de Guy Roux. A Nantes, Patrice Loko apparaît et brille aux yeux de tous. Il finit meilleur buteur de D1 en 1994-1995 et inscrira un but d’anthologie face au PSG. Un talent qui n’échappe pas a Aimé Jacquet qui en fait un titulaire régulier lors des éliminatoires de l’Euro 1996.


Patrice Loko – But Nantes-PSG 1994 par AKAleGenie

Mais le drame survint en décembre 1992, peu avant Noël. Son tout jeune fils, son premier enfant, qu’il a eu avec Muriel, décède. Une perte qui le marqua durement, très durement et qui le mena a une sévère dépression en 1995, peu après son transfert au PSG. Éprouvé psychologiquement, les déboires commençaient à pointer leur nez a la fin de son aventure nantaise, contraignant ses dirigeants à le vendre au club alors présidé par Michel Denisot. Arrivé à Paris, il fait malheureusement la Une de la presse quand, une nuit, non alcoolisé et non drogué, il s’en prend aux policiers sur les Champs-Elysées. Il est 2h50 quand Patrice Loko gare son Opel devant l’Arc, discothèque parisienne. Le portier mettant du temps à arriver, l’attaquant parisien voit rouge et bloque alors la rue. Les policiers, dans les parages, arrivent et lui demande de se déplacer. Le Loirétain s’exclame donc « Vous savez qui je suis? » et se met à dégrader son propre véhicule mais également une BMW garée à côté. Poursuivi pour outrance et rébellion envers les forces de l’ordre, il est conduit au commissariat où le joueur souffrira de difficultés respiratoires et sera donc amené à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu où il insultera de « pédés » et autres « enculés » le personnel médical tout en exhibant son sexe devant l’inspectrice. Amené en garde à vue, l’insolence de Patrice Loko continue comme le déclarait alors Le Parisien qui a pu avoir les propos clamés par le joueur. « Vous me manquez de respect. Vous êtes des flics, des cons, moi je suis une star. Vous êtes jaloux parce que j’ai beaucoup d’argent. Vous ferez ce que je veux. Voyez mes jambes. Elles valent de l’or. Je n’ai pas le droit de marcher (il s’allonge). Apportez-moi une chaise roulante.» Après avoir refusé la cellule 3, souhaitant la 9, il baisse ses sous-vêtements et se masturbe. « Je vous emmerde, je suis intouchable. J’en*** tous les pourris de flics et de juges de merde. Regarde la bite d’un Noir! J’en*** ta mère et je b*** ta femme, elle jouira plus qu’avec toi! Viens me sucer s***! Arrête de te la jouer avec tes 10 000 francs par mois, moi j’en gagne 600 000, on va venir me chercher en hélicoptère pour jouer avec la France en Norvège. Tu me touches un cheveu, t’es viré. » Par moments, Patrie Loko baissait sa garde et pleurait, pleurait la perte de son fils qu’il voulait rejoindre. Sa crise dura 40 heures. Puis s’arrêta. En 1997 il échappera à la prison mais fut condamné à payer des dommages et intérêts. Devant les juges il s’excuse, ne comprend pas la folie qui l’a habité à ce moment-là. Patrice Loko était un écorché vif, il souffrait, comme tout un chacun aurait souffert. Mais il a assumé ses erreurs, des erreurs que l’on ne peut complètement lui imputer. Il était une bête blessée. Malgré tout, le sportif fait son retour dans sa vie et il revient en forme, remporte la Coupe des Coupes avec le PSG et est souvent titularisé à la pointe de l’Equipe de France durant l’Euro 1996 et finit meilleur buteur du PSG la saison suivante (20 buts, 16 en D1 et 4 en Coupe d’Europe). Mais la dépression refait surface, Patrice Loko perd peu à peu sa place en Equipe de France mais aussi au PSG où les arrivées de Marco Simone et de Florian Maurice l’envoient sur le banc. Artur Jorge, de retour au club, le place définitivement comme replaçant et le joueur part donc à Lorient où il inscrira d’ailleurs un doublé contre le PSG. Il évoluera ensuite à Montpellier, puis Lyon, Troyes, reviendra à Lorient et terminera sa carrière en 2004 après une dernière aventure du côté d’Ajaccio.

Désormais, Patrice Loko, en compagnie de sa femme et de ses deux enfants, se repose en Bretagne où, à Vannes il a ouvert un bar-restaurant, La Bodeguita. En 2008 il créé également sa société d’événements sportifs, Loko Sports Evénements en compagnie de son frère William. Il a débuté au club de Sully-sur-Loire en compagnie de son frère, il travaille aujourd’hui au sein de sa propre entreprise, toujours avec ce même William. La boucle en serait presque bouclée. Et tout le bonheur et le repos qu’il mérite lui sont enfin offerts.

Jubile lokoloko william patrice

William, Pascal et Patrice Loko

Sources et crédits photos: patriceloko.org/Le Parisien

À propos Marc Alvarez

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