[L’édito d’Antoine] Quel intérêt de savoir combien gagne untel ou untel ?

Midi, c’était Juampi. Antoine Ballet prend la relève. Il vous propose ce mois-ci un édito chaque jour, à la mi-journée.

Des salaires, des salaires, des salaires. Rien de nouveau sous le soleil côté sportif, l’Équipe publie donc aujourd’hui un « top 10 » des salaires de tous les clubs de Ligue 1. Après visiblement des recherches poussées. De l’information, de la vraie. C’est sûr, c’est capital de savoir combien gagne Angel Di Maria, pour pouvoir sortir le fameux « avec tout ce qu’il gagne, il pourrait se bouger… ». Cette donnée est absolument nécessaire. De même que de savoir qu’Unai Emery gagne moins que Laurent Blanc. Scandale absolu.

Plus que l’inutilité sportive de cette enquête, c’est bien la dictature des chiffres du football actuel qui transparaît. Un besoin de tout quantifier, de tout analyser. Quel intérêt de savoir combien gagne untel ou untel ? Mis à part accentuer le clivage entre Paris, la superpuissance financée par un Etat, et les pauvres petits clubs de province ? Est-ce qu’on demande aux journalistes combien ils sont rémunérés pour faire ces enquêtes ?

De même pour les joueurs, il faut toujours rendre compte des chiffres. Nombre de buts, de passes décisives, de centres, de passes réussies, ratées, nombre de duels, et même de kilomètres parcourus… Tout est sujet à analyse, à commentaire, dans une recherche constante d’efficacité. Et au milieu de tout ça, on oublie l’essentiel : le football est un jeu. Mais ça n’intéresse plus. Désormais c’est un business, un métier, alors il faut rendre des comptes. Pour ça que des joueurs comme Riquelme par exemple ont toujours divisé. Autre exemple, plus proche du PSG, Pastore avait déclaré un jour « Pour moi, mettre un petit pont, c’est comme marquer un but ». Railleries de partout, « ce n’est pas un petit pont qui fait gagner un match ». Non. Mais quand on est supporter, qu’on regarde un match, et qu’on voit un joueur faire un petit pont, ça nous fait plaisir. Même une roulette au milieu de terrain de Benzia sur Krychowiak. On râle. Mais au fond ce sont des gestes qu’on aime voir.

Cette mentalité est de celles qui manquent dans le foot. Celle du spectacle, de donner du plaisir au public. Pourquoi faire une passe de l’extérieur du pied plutôt que du pied gauche ? Un coup du foulard plutôt qu’une passe normale ? Parce que c’est beau. On peut éliminer un adversaire avec un crochet, mais il en existe tellement d’autres, plus compliquées, pas forcément plus efficaces, mais qui provoqueront un « olé ». C’est pour ça qu’on aime nos Pastore, Verratti, même Ben Arfa. Quand ils tentent des gestes comme ça, ils rappellent que le foot se joue avant tout pour être regardé, apprécié. Le maître en la matière a aussi foulé la pelouse du Parc des Princes. Un certain Ronaldinho. Qui jouait avec le sourire, pour donner des sourires. Ce sont des joueurs, des gestes qu’on retient. Parfois plus que des buts. La virgule de Ronnie en ce PSG-OM. La feinte de corps énorme de Lucas sur Alessandrini. Les jongles de Zlatan en plein PSG-OL. Ou l’arc en ciel de Pastore entre deux messins. Au delà des émotions que procurent une victoire ou une défaite, c’est aussi pour des gestes comme ça qu’on aime le foot. Alors, messieurs, remballez vos chiffres, vos calculs, vos analyses statistiques, et regardez un peu le foot avec votre cœur d’enfant. Olé.

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