Focus #12 : Jean-Marc Pilorget, le recordman rescapé

Régulièrement, Canal Supporters vous propose de revenir sur la carrière d’un joueur passé par le PSG. Pour ce 12ème numéro, nous avons retracé la carrière sportive de Jean-Marc Pilorget, mais également les passages de sa vie qui ont fait l’homme qu’il est. Focus sur Jean-Marc Pilorget.

Son nom perdurera encore longtemps, autant dans le cœur des Parisiens que dans les livres de statistiques. Jean-Marc Pilorget, le recordman. C’est sur les terres de ses futurs exploits que Jean-Marc voit le jour, à Paris, le 13 avril 1958. C’est à Morangis, dans l’Essonne, qu’il apprend les bases du football. Nous sommes alors en 1967 et le futur défenseur est loin de comprendre qu’il vient de faire son premier pas vers l’avenir. Durant huit ans, il portera les couleurs du FC Morangis et c’est lors du stage de recrutement de Pâques 1975 que René Baule, recruteur du PSG, le repère. Un contrat aspirant est proposé au jeune joueur de désormais 17 ans, qui accepte. Cinq mois plus tard, soit le 21 décembre 1975, il fait partie des Quatre Mousquetaires, ces quatre jeunes joueurs qui font leur première entrée ensemble : François Brisson, Thierry Morin, Lionel Justier et Jean-Marc Pilorget. Le premier soir de l’hiver en France, mais nul doute qu’une douce chaleur estivale régnait alors dans leurs cœurs et dans leurs têtes. Et le défenseur est encore loin de se douter qu’il offrira, un soir de mai 1982, le premier trophée majeur du PSG en inscrivant le penalty victorieux en finale de Coupe de France face à l’AS Saint-Etienne de Michel Platini. Quelques temps après avoir participé au premier match européen du PSG face au Lokomotiv.

 

Si son histoire d’amour avec le PSG n’en est qu’à ses premières bribes, malgré ses deux Coupes de France remportées en 1982 et 1983, son aventure avec l’Equipe de France ne débutera jamais, ou presque. Appelé en U21 en 1977, il est ensuite convoqué avec les A pour affronter le Brésil le 15 mai 1981 (défaite 1-3, avec un but de Socrates, le frère de Raï), il n’est finalement pas sur la feuille de match alors que les Bleus évoluaient chez lui, au Parc des Princes. Cela aurait pu, cela aurait dû, n’être que partie remise. Mais, après avoir participé à 3 matches avec l’Equipe de France Olympique, et alors qu’il est convoqué à Font-Romeu avec les A pour le stage hivernal de préparation à l’Euro, Jean-Marc Pilorget échappe de peu à la mort lors d’un grave accident de la route, sa fille aînée sur la banquette arrière. C’était dans la nuit du 18 au 19 décembre 1983. Un drame qui aura raison de sa carrière internationale, de sa fin de saison 1983-1984 mais de la quasi-intégralité de la suivante puisqu’il ne jouera qu’un seul match, le 23 mars 1985 face à Nancy.

Mais son histoire d’amour avec le football reprend de plus belle. Jean-Marc Pilorget sors la tête de l’eau et, en vrai pied-de-nez aux événements passés, participe à l’intégralité des rencontres lors de la saison 1985-1986 et devient ainsi Champion de France. Son histoire d’amour avec le PSG reprend de plus belle. Fort mentalement, Pilorget est sorti du trou dans lequel son accident l’avait poussé pour devenir titulaire et désormais, c’est brassard au biceps qu’il évoluera sur les pelouses françaises pour défendre les couleurs du PSG. Il restera 14 ans au PSG, même s’il est prêté à l’AS Cannes son avant-dernière année. Une éternité qui permettra à Jean-Marc Pilorget de devenir le joueur le plus capé de toute l’histoire du PSG avec 435 matches pour 17 buts. Alors que certains professionnels de nos jours n’atteindront jamais un tel nombre de matches en L1, Pilorget l’a fait avec un seul et même club. Et c’est fort de ce record qu’il quitte donc son club pour rejoindre l’En Avant Guingamp à l’aube de la saison 1989-1990. Une saison, une seule, avant de tirer le rideau sur sa carrière de joueur professionnel. Mais pour mieux mettre en lumière la suite de sa carrière, lui qui passera deux ans en amateur au Stade Raphaëlois.

Jean-Marc Pilorget n’en a toutefois pas fini avec le football puisqu’il démarre une carrière d’entraîneur en 1992 en prenant en main durant une saison le club de l’US Marseille Endourne Catalans avant d’entraîner une centaine de kilomètres plus loin, à Fréjus, à l’époque où Adil Rami y était formé. Il y restera quatre ans, dont une année où il entraîna les jeunes, avant de rejoindre la région parisienne. Durant onze ans, l’ancien défenseur officie près du club à qui il a tant donné. L’ES Viry-Châtillon, le Paris FC (avec qui il devient Champion de CFA groupe D en 2006), le SO Romorantin, de nouveau le Paris FC, tel est le parcours d’entraîneur francilien de Jean-Marc Pilorget qui, finalement, reviendra dans le Sud-Est.

Car des fois, la vie d’un Homme ne tient qu’à un fil. Et parfois, la tristesse prend le dessus sur tout. Et Jean-Marc Pilorget est de ces personnes qui survivent quand la peine emplie les cœurs. Car, un soir de 2011, sa vie a basculé quand, sur l’autoroute, il apprend le décès de Julie, sa fille. Partie en Thaïlande, elle ne reviendra jamais de ses vacances. Une myocardite (inflammation du cœur) a eu raison de la vie de Julie. Les raisons exactes de cette maladie ne sera jamais connue, et chaque jour Jean-Marc Pilorget se bat pour elle, pour sa mémoire. Jour après jour. Car les raisons évoquées pour le décès de sa fille ne le convainquent pas. « Nourriture, surdosage de médicaments, pesticides, empoisonnement? La mort de Julie est un mystère total qui entraîne une torture psychologique tous les jours, confie d’ailleurs Jean-Marc Pilorget au Parisien. Il y a une omerta à cause du tourisme et de l’argent. Est-ce qu’on aurait moins de douleur si on savait de quoi elle est morte? Je ne sais pas, mais au moins on aurait une explication… » Pour sa seconde fille, Jean-Marc reste fort. Reste un homme. « Au-delà du foot, j’essaie de m’occuper, mais chaque jour quelque chose me ramène à Julie… Un événement, une musique… » D’ailleurs, Noël ne sera plus jamais célébré, le dernier ayant été organisé par Julie. « À un moment donné, j’ai senti que je prenais moins de plaisir, alors que c’est le plus important, déclare-t-il à France Football. Le décès de ma fille m’a fait énormément changer, comme homme, mais aussi comme entraîneur. Quand elle est partie, je me suis réfugié dans le foot, parce que je n’avais pas le choix pour survivre, et je suis reconnaissant à la famille Fakri (propriétaire de l’AS Cannes à l’époque, ndlr) de m’avoir tendu la main quand, ailleurs, on pensait qu’il fallait se débarrasser de moi. Après un drame comme ça, beaucoup de gens ont pensé que j’étais brisé, et c’est vrai que je l’étais. Mais ils pensent aussi que vous n’êtes plus capable de rien, et c’est faux.»

Il essaiera de s’occuper grâce à son métier et c’est au sein de l’AS Cannes qu’il entraînera de 2012 à 2014 qu’il mènera jusqu’en quart de finale de Coupe de France, avant de prendre la tête de l’ES Fréjus Saint-Raphaël. Une simple pause avant de retrouver le club cannois. Une après-carrière où le légendaire Jean-Marc Pilorget s’épanoui, lui qui restera pour toujours dans l’Histoire du PSG. Et dans nos cœurs.

Les précédents « focus » sur les anciens Parisiens
Focus #7 : Michel Bibard, le Canari du Parc des Princes (avec sa participation)
Focus #8 : Georges Weah, un Ballon d’Or au Parc des Princes
Focus #9 : Julio César Dely Valdés, buteur aux dents en or
Focus #10 : Jérôme Alonzo, une histoire de famille
Focus #11 : Pierre Ducrocq, Rouge et Bleu devant l’Eternel

À propos Quentin Polin

x

Check Also

Impressionné par le PSG, Aulas pense à une victoire de la Ligue des Champions

Jean-Michel Aulas était un spectateur avisé du Classique entre l’Olympique de Marseille et le Paris ...