Focus #13 Carlos Bianchi, le grand buteur esthète du PSG

Nous sommes le 26 avril 1949 et c’est à Buenos Aires que débute cette histoire, celle de Carlos Bianchi. En Argentine, les habitants des villes portuaires sont appelées des Porteños. Mais à Buenos Aires, un Porteño est un enfant d’immigré, et c’est pour cette raison que le petit Carlos est considéré comme un Porteño, et c’est dans le quartier de Liniers que le petit Argentin découvrira le football. Il fait ses gammes au sein du club de Velez Sarsfield et à 18 ans il fait son entrée dans le monde professionnel. Il y restera six ans, durant lesquelles l’attaquant a pu commencer à marquer les esprits. 121 buts en 165 matches. Carlos Bianchi fait tourner les têtes européennes en faisant tourner les têtes des défenseurs argentins. Il finit d’ailleurs deux années de suite meilleur buteur d’une compétition : le Nacional en 1970 et le Metropolitano en 1971. El Virrey devient un très bon joueur et un grand homme. En 1972, il épouse Margaret Mary Pilla avec qui il aura Mauro Carlos et Brenda. Mais en 1973, L’Europe le regarde et il est temps pour le petit Carlos de devenir le grand Bianchi. Direction la France, où le Stade de Reims s’apprête à accueillir le canonnier.

Après avoir fait venir l’Argentin Delio Onnis, Reims flaire le bon filon et enrôle Carlos Bianchi. Le joueur livre d’ailleurs une anecdote assez savoureuse, propre à sa mentalité. Ne parlant pas un mot français, Carlos Bianchi donne un simple accord oral aux dirigeants rémois. Pourtant, le lendemain il inscrit un triplé face à San Lorenzo, Champion en titre, et les clubs espagnols ont tout juste le temps de sauter sur lui en proposant des salaires bien plus conséquents. L’accord n’étant qu’oral, Reims tremble. Mais Carlos Bianchi rejoint la Champagne française. « J’avais donné ma parole. Les clubs espagnols me proposaient pourtant trois ou quatre fois plus » On a sûrement du mal à s’en rendre compte aujourd’hui, mais avant un accord oral était un accord. C’est donc en Ligue 2 que débarque Carlos Bianchi. Bon club de seconde division, il ne rayonne toutefois plus des rayons de Raymond Kopa et Just Fontaine. Les Rémois se classent sixième, mais l’Argentin plante 30 mandrilles et finit meilleur buteur. La seconde saison fut bien moins prolifique, et pour cause !  Lors d’un match amical tout a fait inutile entre le FC Barcelone et une équipe formée de joueurs de Reims et du Paris FC, Carlos Bianchi se blesse gravement en se fracturant le tibia et le péroné suite à un contact avec Francisco Gallego. Clin d’œil de l’histoire, c’est au Parc des Princes qu’il se blesse, dans ce match « organisé par les journalistes alors que l’on était premier du classement » selon les dires du joueur. Mais qu’à cela ne tienne, Carlos Bianchi est bien présent lors de sa troisième saison et plante même 34 buts. En 1976-1977, sa quatrième et dernière saison, Bianchi mène Reims en finale de Coupe de France mais n’y participe pas et ne peux donc pas empêcher la défaite 2-1 face à l’AS Saint-Etienne d’un Dominique Bathenay buteur. Pourtant, il finit tout de même meilleur buteur de Division 1 avec 28 buts. Les temps sont durs du côté des finances rémoises, et Carlos Bianchi s’envole vers sa nouvelle aventure. Il est temps pour l’Argentin de faire rêver les supporters du PSG.

C’est donc lors de l’été 1977 que débarque à Paris Carlos Bianchi. Et il faudra peu de temps d’adaptation pour l’Argentin qui, dès sa première saison, finit meilleur buteur de Division 1 avec 37 buts en 38 matches. Pour la quatrième fois. Une excellente saison pour Bianchi qui se verra offrir le Soulier d’Argent. Il perd de peu face à l’Autrichien Johann Krankl, alors au Rapid Vienne (41 buts). Un fait important car, si Krankl s’engage au FC Barcelone dans la foulée, il a joué une saison dans un championnat à dix équipes avec quatre matches aller-retour. Il ne jouait donc pas plus et pas moins que El Goleador, mais quatre fois contre le dernier, et quatre fois contre l’avant-dernier. Bref. Au trophée honorifique de meilleur buteur du championnat s’ajoute celui de meilleur joueur du championnat. Sa seconde saison sera presque du copier/coller puisqu’il sera encore désigné meilleur joueur et meilleur buteur mais avec dix buts de moins. Malheureusement, Carlos Bianchi évolue dans une jeune équipe encore en construction. Le palmarès collectif de l’Argentin n’est donc pas en adéquation avec son talent. Et, dans sa quête de trophée, il rejoint donc en 1979 le Racing Club de Strasbourg, champion de France en titre, après avoir rompu son contrat avec le PSG.

Malheureusement pour lui, son entente avec l’entraîneur Gilbert Gress sera très mauvaise et l’impact de l’Argentin ne s’imprègne pas sur l’équipe alsacienne. Bianchi ne restera donc qu’une saison à Strasbourg et retournera à la maison, au Velez Sarsfield. Il y restera 4 ans et demi et en deviendra le meilleur buteur de l’histoire du club (206 buts), avant de venir achever sa carrière tout en entamant la suite de sa vie. De retour à Reims, alors en Division 2, Carlos Bianchi n’est plus aussi prolifique, l’âge pesant de tout son poids, mais deviendra entraîneur-joueur les quatre derniers mois. L’Argentin met fin à sa vie de joueur et débute sa glorieuse après-carrière : celle d’entraîneur. 565 matches, 397 buts, un seul titre de Champion. Malheureusement, son palmarès en club est bien moins étoffé que ses trophées individuels (huit fois meilleur buteur, entre autres). Il est temps pour Carlos Bianchi de changer la donne.

Si ses premières aventures sur le banc sont décevantes (à Reims et à Nice), Carlos Bianchi va se révéler être un tacticien réputé en Amérique du Sud. Si en Europe il n’arrive pas à insuffler sa philosophie, sur ses terres natales sa méthode fait fureur. Il fait du Velez Sarsfield le club le plus redouté l’Argentine dans les années 90. Carlos Bianchi s’appuie sur des joueurs talentueux tels que José Luis Chilavert et José Oscar Turu Flores et, à la tête de Velez Sarsfield, il rempli enfin son armoire à trophées. Trois championnats (Un Apertura et deux Clausuras), une Copa Libertadores, une Copa Interamericana et une Coupe Intercontinentale face à l’AC Milan. Sur le Velez Sarsfield, le technicien argentin se montrera toujours très dithyrambique : « J’ai toujours dis que j’étais un fan de Velez. J’y suis né, je sais à quel point je l’ aime et je sais que ses sentiments peuvent ne pas être bénéfiques et utiles. Le professionnel doit savoir que vous ne devez pas confondre. Le jour où je cesserai de travailler, je continuerai d’ aller voir Velez. C’est mon quartier, ça me fait plaisir quand j’y vais. » Une brève interlude ratée à l’AS Roma le ramènera de nouveau en Argentine mais à Boca Juniors. Dans le mal, le célèbre club va retrouver sa gloire passée grâce à Carlos Bianchi. Le tacticien remporte deux Aperturas, une Clausura, deux Copa Libertadores de suite et une Coupe Intercontinentale. Malheureusement, l’aventure se finira mal. Le président du club décide d’entamer un nouveau virage, commercial. Le premier Japonais de l’histoire du football argentin débarque à Boca, un dénommé Naohiro Takahara. Une arrivée qui est censée rapporter des retombées commerciales pour le club dont le président souhaite s’ouvrir au marché asiatique mais qui a pour effet immédiat de voir Carlos Bianchi quitter le navire. « Le football, ce n’est pas du commerce et un club, ce n’est pas un magasin. Personne ne me dictera mes choix, surtout pour faire n’importe quoi. » Il finira finalement par revenir un an et demi plus tard, en 2003, et remportera un triplé dès son retour : Apertura, Copa Libertadores et la Coupe Intercontinentale. Carlos Bianchi retentera l’aventure européenne mais ne restera que quelques mois à l’Atletico Madrid avant de se faire limoger pour mauvais résultats. Il deviendra ensuite directeur sportif de Boca, une première dans l’histoire du football argentin, puis refusera deux fois la sélection nationale avant de se rasseoir sur le banc de Boca en décembre 2012 qui le licenciera en août 2014 pour mauvais résultats.

De passage à Paris pour le Clasico, Carlos Bianchi a pu profiter du spectacle aux côtés de Rai et de Juan Pablo Sorin. Et à l’heure où les gens parlent d’Ibrahimovic, Cavani, voire Pauleta, l’Histoire retiendra aussi le nom de Carlos Bianchi, l’esthète argentin. Et quand certains tâtonnent pour embrasser une après-carrière, l’ancien buteur parisien est devenu le seul entraîneur au monde à voir remporté quatre Copa Libertadores. De plus, il est co-recordman du titre de meilleur buteur du Championnat de France (cinq avec Delio Onnis et Jean-Pierre Papin) et son ratio de 0,88 but/match avec le PSG mérite un profond respect. Seul Zlatan a fait mieux. Et si les images de ses buts ne résonnent plus que dans l’esprits des plus anciens d’entre nous, sa légende persistera. Pour toujours.

Les précédents « focus » sur les anciens Parisiens
Focus #7 : Michel Bibard, le Canari du Parc des Princes (avec sa participation)
Focus #8 : Georges Weah, un Ballon d’Or au Parc des Princes
Focus #9 : Julio César Dely Valdés, buteur aux dents en or
Focus #10 : Jérôme Alonzo, une histoire de famille
Focus #11 : Pierre Ducrocq, Rouge et Bleu devant l’Eternel
Focus #12 : Jean-Marc Pilorget, le recordman rescapé

À propos Quentin Polin

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