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ANALYSE – Denis Troch nous explique la faillite psychologique du PSG face au Barça

Avec des « si », on pourrait refaire le monde. Et parfois même refaire des matches. Et puis on se rend compte que ça ne changera rien, que le PSG restera renvoyé dans les cordes en huitième de finale de la Ligue des champions, qu’il n’a pas su conserver son incroyable score du match aller (4-0), se faisant même humilier par des Catalans revanchards (6-1).

Avec des « si », on serait tenté de refaire la composition, la tactique, de revoir l’arbitrage et d’arrêter le temps, à cette 87e minute, où il manquait encore trois buts miraculeux des Blaugranas pour espérer une qualification. Et puis on se rend compte que sur un point – et un seul – tout le monde est d’accord sur ce naufrage collectif : les joueurs du Paris Saint-Germain ont manqué de mental face à leurs rivaux du FC Barcelone pour craquer de cette manière (6-1). Alors comment l’expliquer à un tel niveau ? Que s’est-il vraiment passé pour que des professionnels aussi expérimentés perdent autant leurs moyens avant une rencontre, surtout quand ils ont si allègrement survolé le match aller ? Nous sommes allés à la rencontre de Denis Troch, coach mental et grand spécialiste du ballon rond puisqu’il a déjà été joueur, entraîneur et préparateur.

« A chaque fois qu’il y a un événement hors norme, les comportement qui suivent sont hors normes. C’est d’ailleurs le cas quand l’environnement proche s’enflamme et que les médias écrivent des articles trop élogieux. Le 4-0 de l’aller était justement hors norme et il fallait être d’autant plus vigilant au mental des joueurs après. Il s’est passé l’impensable au match aller, il était presque normal que l’inimaginable se passe au match retour. Les joueurs professionnels sont avant tout des hommes, et face à des évènements inhabituels, au stress, aux chocs émotionnels, les comportements changent. Trois semaines avant, la confiance était totale avec le 4-0. Il y a même eu de l’euphorie logique. Derrière, plus ce match s’éloigne et le retour s’approche, plus le doute s’installe. Mais le doute, la peur, la crainte est normale parce qu’elle sera à la hauteur de l’événement. Mais normalement dès le coup de sifflet, cette peur doit s’échapper. On peut ne pas réussir, mais quand le match démarre, la peur ne doit plus être présente. La, elle est arrivée pendant le match », analyse l’expert en préparation mental des sportifs.

« Quand on est joueur et qu’on a gagné 4-0, l’adversaire est dans un mental terrible, dans un désir de se venger. Imaginez si le PSG avait perdu 4-0 à l’aller… Vous pensez qu’il n’aurait pas tout donné de la même manière ? », s’interroge Denis Troch.

Mais la peur peut-elle vraiment couper les jambes d’un joueur professionnel ? « évidemment », nous répond Denis. « La peur peur dérégler tous les mécanismes d’un joueur de haut niveau. Le PSG connaissait le scénario parfait pout le Barça, qui consistait à mettre un but d’entrée de jeu, puis repartir au vestiaire avec au moins deux buts. Les Parisiens le savaient, mais le souci c’est qu’à un moment, ils ont davantage pensé à ce scénario idéal pour le Barça qu’à eux même. En se concentrant sur tout ce que l’adversaire faisait pour suivre son scénario, les Parisiens ont multiplié les petites erreurs qui, misent bout à bout, amènent à un scénario catastrophe.»

« La peur, c’est comme la gangrène »

S’il y a clairement un avant, un pendant et un après qu’il faut travailler aux côtés d’un coach mental, l’environnement proche a également pu jouer un rôle essentiel dans la contre-performance des joueurs, en évoquant d’abord l’exces de confiance, puis la possibilité d’une « remontada », comme une petite graine immiscée dans l’esprit des joueurs franciliens avant d’entrer sur la pelouse du Camp Nou.

« Ce n’est pas la faute des médias, dans le milieu professionnel, l’humilité fait partie du joueur et on doit faire avec ça. Après, forcément, l’environnement a une influence sur notre action consciente ou inconsciente. Et puis la peur, c’est comme la gangrène, dès qu’une personne dans le groupe a peur, elle contamine ses coéquipiers. Ça me rappelle des gros matches où dans le vestiaire, juste avant d’entrer sur le terrain, quelqu’un disait « les gars ce soir on n’a pas peur ! » comme pour la chasser, mais au final il la transmettait aux autres… », nous explique le préparateur mental.

« Ce n’est pas une faute professionnelle, ce sont des micro-fautes qui se sont répétées et qui ont déstabilisé, par la peur, le comportement des joueurs. Si vous avez le vertige, et que vous montez en hauteur, vous pouvez tenter ce que vous voulez, vous n’avez plus le bon réflexe. Pour peu que vous commencez à vous dire « et si jamais ça m’arrivait à moi de ne plus rien maitriser » alors ça devient très difficile. Il faut sortir de l’émotion dans laquelle on est pour revenir dans la réalité, et ça n’est pas arrivé pour les Parisiens », ajoute Denis, qui a déjà été confronté à des cas similaires dans sa carrière.

Mais alors qui aurait pu sortir les joueurs du PSG de cette paralysie collective ? Tout le monde, et c’est bien ça le problème, puisque l’ensemble de l’équipe semblait spectatrice de sa propre peur, comme l’explique le coach mental : « Dans une telle faillite collective, on doit pouvoir compter sur des missionnaires, des joueurs qui répondent à la problématique de l’instant. Mais le capitaine n’a pas a charge toutes ces missions. Il doit y avoir 11 missions ! Chaque joueur a la sienne pour mettre en place la stratégie de l’entraineur. On ne peut pas compter que sur un leader comme Ibrahimovic avant ou Silva aujourd’hui, car on doit s’en sortir même quand il n’est pas là. Il y a une responsabilisation des joueurs. »

Les joueurs, anéantis par leurs propres performances face aux Catalans, pourront-ils toutefois se relever avant la fin de la saison ? Pourront-ils espérer se remettre sur les rails ? Pour Denis Troch, les prochains jours devraient très vite donner le ton : « Il faudra du temps, et le seul moyen d’effacer ça sera un cycle nouveau, la saison prochaine, quand l’équipe passera en quart. Là seulement elle se dira « ok, c’est derrière nous ». Mais avant ça, dès maintenant, il faut se rappeler ce qu’on est capable de faire, accepter qu’on n’a pas tout perdu, reprendre ses valeurs, ses certitudes. Retrouver la confiance qui était la notre 24h avant, retrouver les acquis. Tout le monde va devoir travailler sur lui-même, que ce soit les joueurs, le staff, la direction ou les supporters, surtout que personne ne les épargnera. Personne ne passe une carrière sans encombre, les échecs ne sont pas nécessaires mais permettent de grandir. Il y aura des doutes, des tas de choses qui vont les ramener sur ce qui vient de se passer, et les critiques, ceux qui vont se réjouir de cette débâcle. Il est nécessaire dans cette période de maintenir le cap et garder la tête hors de l’eau. Ne pas rejeter la faute sur l’autre. La colère et la tristesse sont normales. Mais tout le travail réalisé depuis des mois ne part pas du jour au lendemain. On peut s’en remettre, et s’en servir comme étant une force. Je n’aimerai pas être le prochain adversaire du PSG, parce qu’on peut penser que derrière ça, ils vont tout mettre en œuvre pour montrer qu’ils sont en colère. S’ils n’ont pas cette colère derrière, alors il faudra travailler plus profondément… »

« Derrière ce terrible moment, le rebond sera d’autant plus puissant », a finalement conclu Denis Troch, « intimement persuadé qu’on peut sortir grandi » d’un tel cauchemar.

À propos Ambre Godillon

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