Les problématiques de la formation : l’entraîneur adjoint comme solution et lien vers le professionnalisme

Le football nous fait rêver. Et ce rêve est sans cesse lié à ses acteurs principaux : les footballeurs. Mais l’on en oublie souvent le maître à penser de l’équipe : l’entraîneur. Souvent lien direct entre la formation, les professionnels et le terrain, le coach est le maillon essentiel de ce sport. Pourtant, il est loin d’être omniscient et a besoin d’un élément essentiel : son adjoint. Ce corps de métier reste encore difficile à cerner et ce pour plusieurs raisons. Qu’est-ce qu’un adjoint ? Comment deviens-t-on entraîneur adjoint ? Quel est son rôle précis et son impact à la fois sportif et psychologique ? Canal Supporters est donc parti à la découverte de ce métier et a contacté deux acteurs de ce métier. Si ce dossier sera principalement basé sur l’expérience d’un entraîneur adjoint, nous avons également fait appel à un éducateur spécialisé afin qu’il nous livre son avis sur la formation française.

Alors, qu’est-ce qu’un entraîneur adjoint ? Contacté par nos soins, Tony Dos Santos Alves répond à nos questions et nous aide donc à mettre ce métier en lumière. Selon lui, l’entraîneur adjoint est un technicien qui est là pour assister l’entraîneur principal. Il dispose des mêmes compétences que l’entraîneur mais il est dans un rôle plus en retrait. « Ce métier se compose en deux temps : le match et l’entrainement. En match, l’entraîneur-adjoint à un rôle d’observateur, il analyse ce que l’entraîneur veut voir. Il agit également dans le domaine de la motivation et appuie les consignes de l’entraîneur. Lors des entraînements, il a un rôle de conception de l’entraînement en collaboration avec l’entraîneur, il agit lors de la régulation de l’activité. Il se doit aussi d’effectuer les tâches plus ingrates, à savoir la mise en place et le ramassage du matériel nécessaire pour la séance. Et, tout comme en match, on se doit de motiver les troupes pour tirer le meilleur d’eux-mêmes. »

Il est nécessaire d’apporter un regard sur le parcours de Tony Dos Santos Alves. C’est à 15 ans dans le club de sa ville qu’il a débuté : « J’entraînai les débutants (US Vaires). J’ai ensuite étudié en STAPS à Paris 13. J’ai ensuite débuté un travail d’apprentissage auprès d’une association à Clichy-sous-Bois (Amitié Franco-Turque Ass.) Au sein de cette association j’ai pris en main les u17 avec qui nous sommes montés de division en une saison. J’ai ensuite rejoint la PSG Academy à Nanterre, puis à Puteaux et à Ivry. J’ai été adjoint U19 en DH à Montfermeil et en parallèle entraîneur principal des U10. J’ai par la suite terminé ma licence STAPS à Rio de Janeiro à l’UFRJ. J’étais en contact avec Flamengo où je suis resté deux semaines. A cause de certains problèmes administratifs j’ai dû rejoindre Fluminense pour 6 mois par l’intermédiaire de Luciano Alonso, chercheur à l’UFRJ et ancien coach de futsal à Vasco da Gama. »

Qu’est-ce qu’un bon entraîneur adjoint ? Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer ce métier avec efficacité ? Tony Dos Santos Alves évoque cet aspect important et, selon lui, les qualités dont doit disposer l’entraîneur adjoint. Selon lui, sans compromis, les qualités humaines priment. Il faut être à l’écoute des joueurs et de l’entraîneur afin de pouvoir cibler les attentes et espérances de chacun. Un bon entraîneur adjoint doit aussi disposer de capacité technique, à savoir une expertise du coaching, des connaissances pédagogiques et méthodologiques, mais aussi une qualité d’analyse et d’observations.

L’entraîneur adjoint est donc un lien privilégié avec la formation. Berceau du football spectaculaire, qu’en est-il de la formation à la brésilienne ? A Fluminense, Tony Dos Santos Alves a rencontré Márcio Assis, un savant de la physiologie de l’exercice au Brésil. « Il m’a fait visiter tout les pôles du centre de formation de Fluminense. Je suis passé adjoint en U16 avec Wesley Edson (entraîneur), ancien adjoint de Paulo Cesar. Avec lui, nous avons été champion U16 de l’état de Rio. Pour l’histoire, nous avons battu Flamengo dans leur stade historique de Gavea. » Il a donc été un spectateur privilégié de la formation au Brésil et nous a aidé à mettre en exergue les problématiques principales. « La problématique majeure, ce sont les contrats offerts aux jeunes joueurs. Ils peuvent toucher leur argent à partir du moment où ils ont un contrat, donc dès leur 10 ans, sur un compte qu’ils peuvent manipuler. Les parents peuvent en profiter jusqu’aux 14 ans. Mais à 14-15 ans, les joueurs prennent dans la cagnotte et ne sont pas forcément sérieux concernant les dépenses. Cela les dévient du football, ils voient cela comme un gagne-pain très tôt. Beaucoup flambent leur argent très jeune. A 16 ans leur hygiène de vie se détériore (alcool, boîte de nuit, etc..). Au Brésil, il y a un vivier énorme de joueur talentueux mais beaucoup se perdent. Vis-à-vis d’eux, les contrats peuvent être casser facilement par les clubs. Si un joueur se blesse pour une longue durée, les clubs n’hésitent pas à rompre leurs accords. (l’accès au soin au Brésil étant très couteux). Beaucoup de jeunes vont de club en club, certains y restent 2-3 mois et changent de structure. Il y a au Brésil un jeu de chaise musicale. Voilà les problèmes majeurs que l’on rencontre là-bas. Mais ils ont une force énorme : leur remise en question et volonté de s’améliorer afin de redevenir les numéros 1 mondiaux. Apres le 7-1 infligé par l’Allemagne, la formation a été remise en cause. Ils estimaient, jusqu’aux années 90,  qu’ils étaient au-dessus car ils jouissaient d’une technique supérieure aux autres nations, la fameuse Ginga de Garrincha, Zico, Rivelino et consorts. Puis les européens ont étudié le football dans le but de combler leur retard face aux brésiliens pour enfin les battre. Aujourd’hui au Brésil les méthodes d’entrainements et la formation des coaches sont plus valorisantes qu’avant pour mieux façonner leurs jeunes pépites. »

Mais quand est-il de la formation en France ? Ici, l’entraîneur adjoint permet donc, au même titre que les joueurs professionnels, une intégration des nouveaux mais prospecte également au sein de la formation de l’équipe afin d’y déceler des joueurs pouvant apporter une plus-value. Mais, en France, certaines questions sont à résoudre. Tony Dos Santos Alves évoque ce qui est, selon lui, la principale problématique : l’encadrement : « Sur les clubs amateurs, nombreux sont les éducateurs dévoués mais ils ne sont pas assez encadrés. La Fédération Française de Football ces cinq dernières années a fait un énorme effort au niveau de l’accessibilité des modules de formation. Mais il faudrait plus de directeurs techniques compétents pour mettre en place un cadre de travail, avec un fil conducteur et un langage commun, des U6 aux U13 (école de foot). La mauvaise mentalité des jeunes footballeurs, ce n’est pas un mal français contrairement à ce que l’on peut penser. C’est aux cas par cas. Renato Sanches, Delle Ali ont grandi dans des endroits pas forcément huppés, Mbappé vient de Bondy et ces footballeurs font preuves d’un comportement assez exemplaire malgré leur jeune âge.» Afin d’y voir un peu plus clair sur la formation française, nous avons contacté Valery Laurent, éducateur spécialisé à Épinay-sur-Seine : « Les coaches de la nouvelle génération sont jeunes, ça manque d’expérience, de formation. Il y a des loupés à ce niveau-là. La formation reste le plus important, si a 15 ans tu ne sais pas faire une passe c‘est que tu n’as pas travaillé avant. Les clubs viennent de plus en plus tôt chercher les joueurs, donc c’est un frein à la formation. On joue pour être formé donc la formation en prend un coup. » Valery Laurent ne voit quant à lui aucun progrès au sein de la formation française : « Il n’y a pas de progrès. Pour être honnête non. C’est même de pire en pire. La formation du joueur c’est un vrai problème. En Europe on est classé numéro 1 en terme de talent et en terme de joueur qui jouent au haut niveau. C’est bâclé par la formation des joueurs, il y a un manque de formation. En France on est très frileux, on tarde à se positionner sur un joueur formé au club. C’est après, quand il explose, que l’on se rend compte qu’il était très bon. Après, il n’a pas de vérité dans le foot, s’ils n’avaient pas été formé en France ils n’auraient peut-être pas été à ce niveau-là. Et inversement. Il y a un vrai problème : c’est que la France collecte les joueurs par copinage entre agent et ça ferme la porte. »

Le métier d’entraîneur adjoint est donc intimement lié à la formation. Au sein du club de la capitale, on a mis en place la PSG Academy. Tony Dos Santos Alves est passé par cet organisme et y a fait ses gammes : « On y propose aux jeunes un entraînement de qualité avec des séances envoyées par le Paris Saint Germain. Cédric Cattenoy à l’époque (désormais directeur de la formation aux Chicago Fire) était à la tête de l’Academy. C’est ce que l’on attend d’un club comme celui du Paris SG. On peut pratiquer le football à n’importe quel moment de l’année (indoor). Il y a un développement de la compétition avec un championnat dominical inter-centres. Tout cela donne en plus une dimension internationale avec des tournois au Brésil, en Inde, au Qatar, à New-York, etc). Le côté positif c’est le rayonnement mondial du club de la capitale. Ça apporte une manne supplémentaire de joueurs accessibles que l’on peut surveiller de près. Cela tend à s’accroître car il y a chaque année beaucoup de nouvelles inscriptions. Il y a un suivi de l’évolution et une progression observable et linéaire. Toutefois, il y a un aspect assez élitiste (cotisation élevée) mais tu paies pour des infrastructures et du matériel de qualité. Les prix pourraient être revus à la baisse afin de toucher des jeunes dont les parents possèdent des revenus plus humbles. Et puis, l’enseignement d’un football style Five, dans un environnement clos type 5 contre 5 avec possibilité de bande avec les murets, dénature un peu le football à 11. »

Dans un club de l’envergure du PSG, quel impact et quelle utilité à donc l’entraîneur adjoint ? A Paris, ils sont deux : Juan Carlos Carcedo et Zoumana Camara. Si l’entraîneur apparaît surtout comme étant un manager, un meneur de troupe, quel est l’apport de l’adjoint ? Selon Tony Dos Santos Alves, c’est simple : « Il aide les joueurs à la compréhension de la méthode Emery et crée du lien au sein du groupe. »

En conclusion, l’entraîneur adjoint est un lien indéfectible entre le coach et l’équipe, mais également entre la formation et l’équipe professionnelle. Bras droit, main armé, soutien, le champ lexical semble inépuisable quand il s’agit de définir le métier d’adjoint, dont l’utilité paraît très importante et dont les rôles semblent divers et différents en fonction de l’équipe au sein de laquelle il officie.

À propos Quentin Polin

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