À 30 ans, Blaise Matuidi est au croisement de sa carrière au PSG

Ce dimanche, alors que le Paris Saint-Germain reçoit Guingamp sur sa pelouse pour un match déterminant dans la course au titre avec Monaco, l’un des hommes d’Unai Emery prend lui aussi chaque match comme un révélateur de sa saison. Ce joueur, c’est Blaise Matuidi.

S’il fête aujourd’hui ses 30 ans, le milieu de terrain du PSG est plus en proie aux doutes que jamais. Plus vraiment titulaire indiscutable dans le 11 parisien pour la première fois depuis son arrivée, l’international français souffre d’une concurrence accrue et rajeunie, où les profils hybrides pullulent.

Autrefois joueur clé du 4-3-3 instauré par Laurent Blanc, Matuidi est désormais un profil parmi tant d’autres dont dispose Emery pour constituer l’un des nombreux système qu’il se plait à exploiter, et notamment un 4-2-3-1 tant apprécié qui remet en cause son rôle dans l’entre-jeu parisien. Mais en forçant les changements, le coach a réussi à apporter sa patte avec le Français, en le rendant aussi plus polyvalent. Tantôt en milieu gauche ou milieu défensif, et parfois même envoyé au front en tant qu’ailier, Matuidi a de nombreuses qualités à faire valoir et l’une d’elles n’est pas négligeable dans ce PSG qui a tendance à jouer avec le frein : c’est la volonté. Car un peu à l’image de Cavani en attaque, quand Matuidi est au milieu de terrain, s’il ne réussit pas tout, il a au moins le mérite de toujours essayer, sans jamais s’apitoyer.

« C’est clair que nous avions besoin de joueurs pour faire du pressing. Et pour mettre la pression, je crois que Matuidi est possiblement le meilleur de l’équipe » Unai Emery, après Arsenal-PSG en novembre 2016

Matuidi n’est pas de la trempe de ces joueurs ultra-techniques qui dribbleront trois défenseurs, il n’est pas non plus ce finisseur hors-norme qui effraie tous les gardiens ni ce tacleur fou. Mais Matuidi est de ces joueurs qui n’ont de cesse de participer à la construction du jeu en proposant, en allant récupérer des ballons précieux, en projetant son équipe vers l’avant quand elle a tendance à se replier. Matuidi a du talent, de l’endurance et un volume de jeu incomparable. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si celui qu’on surnomme le « triple poumon » est régulièrement le joueur qui parcourt le plus de kilomètre dans son équipe pendant les matches. Parce qu’il « charbonne ».

Alors la saison dernière, entre l’éclosion d’Adrien Rabiot, le recrutement estival de Krychowiak et le désir d’Emery de faire évoluer des joueurs comme Pastore ou Ben Arfa en 10, Matuidi a certainement senti le vent tourner et le pousser à s’éloigner du PSG.

« Il y a eu des discussions, un intérêt. Au retour de l’Euro, il y a aussi eu des discussions entre mon agent et le club. Je voulais savoir la situation du coach vu qu’il avait changé au PSG. Une fois que j’ai discuté avec lui, c’était assez clair. Il fallait ensuite régler certaines choses avec les dirigeants. Honnêtement, j’ai hésité à un moment donné mais je suis très heureux aujourd’hui au PSG. C’est du passé et je suis fier d’être au PSG. J’espère porter les couleurs parisiennes le plus longtemps possible », expliquait d’ailleurs le joueur à beIN Sports en février dernier.

Retenu par la direction du PSG et le coach basque, qui n’ont eu de cesse de réaffirmer l’importance du joueur dans l’équipe, Matuidi est donc finalement resté (malgré les appels du pied de la Juventus) après ce transfert avorté. Pour vivre une saison ponctuée de haut et de bas, mais dans laquelle il a toujours été combatif et respectueux du maillot rouge et bleu, qu’il soit sur le banc de touche ou sur le terrain.

On pourrait se demander si Matuidi joue toujours autant cette saison. Mais oui, c’est toujours le cas. Le milieu reste sur le terrain environ 69 minutes par match (2914 minutes sur 42 apparitions), un total bien proche de celui des trois saisons précédentes  : 70 minutes en moyenne en 2015-2016, 69 minutes en 2014-2015 et 69 minutes en 2013-2014. Et sur l’ensemble des matches disputés par le PSG, Matuidi comptabilise toujours un nombre respectable d’apparitions.

Même si ces derniers temps, l’absence du milieu de terrain se fait de plus en plus remarquer. D’ailleurs, il n’a été titularisé que sur un seul (face à l’OM) des six derniers matches de Ligue 1 du PSG (OL, Lorient, Nancy, Toulouse et Bordeaux).

Aujourd’hui, Blaise Matuidi souffle sa 30ème bougie, et l’heure est donc aux questions : est-il encore fait pour le PSG, et le PSG est-il encore taillé pour lui ? Est-ce que les dirigeants parisiens doivent chercher à le retenir, et pour quel projet d’avenir ? Quelles sont les garanties qu’Emery peut lui offrir ? D’autant plus qu’à Paris, Blaise Matuidi fait partie des joueurs les mieux payés de l’effectif avec un salaire avoisinant les 9 millions d’euros par an.

Sa non titularisation en finale de Coupe de la Ligue, symptomatique de cette remise en question, aura au moins eu le mérite de soulever beaucoup de questions. Dans ce PSG qui se rêve de suprématie européenne, il est peut être légitime de s’interroger sur la place du n°14 dans cet effectif. Car s’il est sans aucun doute l’un des meilleurs de l’Hexagone à son poste, a-t-il les armes pour s’aligner sur le niveau des plus grands du continent, d’Iniesta à Modric ? Force est de constater que bien souvent, Matuidi ne semble plus coller au standing imposé par ce PSG aux ambitions débordantes, et par le niveau global qui se doit de monter en gamme.

Le joueur aurait en tout cas disposé d’une offre de prolongation de contrat en fin d’année, à laquelle son agent Mino Raiola visiblement jamais donné suite. « Ma prolongation de contrat est toujours d’actualité, je laisse mon agent gérer, il y a des discussions en cours. C’est lui qui s’occupe de ça, moi ma priorité, c’est le terrain. Je suis au PSG à l’heure où je vous parle, il n’y a pas d’autres tendances pour le moment, j’ai envie de faire de bonnes choses avec le Paris Saint-Germain », confiait en tout cas Matuidi en décembre dernier, au micro d’Europe 1.

Une chose est sûre : il va falloir faire rapidement un choix. Son contrat s’achève en 2018, et Matuidi rentrera cet été dans l’ultime année de son contrat à Paris, qui pourrait le laisser partir libre en juin s’il ne tranche pas sur la question. Et la question sera compliquée, tant Matuidi incarne tout un projet… Il est d’ailleurs le joueur le plus ancien de l’effectif parisien avec Pastore, lui aussi recruté il y a presque six ans.

Et si les Qataris ne sont pas là pour faire dans l’émotion, du coté des supporters, la pilule sera, quoi qu’il arrive, difficile à avaler. Parce que Matuidi est un joueur attachant, tenace et qui a toujours été irréprochable, sur le terrain comme en dehors. Il s’est accroché à tout ce qu’on lui donnait, laissant filer ses camarades Armand et Sakho, traversant les turbulences et les gloires éphémères, côtoyant Ibra ou Beckham, comme l’ultime résistant tricolore dans ce PSG rebaptisé année après année aux couleurs du globe. Parce qu’il sait pleurer ou hurler, admettre ses défaillances et minimiser ses exploits. Parce que l’opinion publique prend souvent sa maladresse en prétexte pour banaliser ses grandes performances et son abnégation de tous les instants. Et ce, même s’il est loin d’être toujours au rendez-vous.

« Il y a dix ans, le débat avait déjà lieu. Beaucoup voudraient mettre les onze plus talentueux sur le terrain. Mais ce ne sont pas onze mecs talentueux qui font l’équipe. Il faut aussi prendre en compte l’idée de complémentarité, d’utilité, de leadership, que les personnes extérieures au groupe ne voient pas. Quand Blaise est arrivé à Paris, mes amis devenus aujourd’hui consultants me disaient qu’il ne jouerait pas. Je leur ai répondu : « Que ce soit Laurent Blanc, Carlo Ancelotti, José Mourinho ou n’importe qui, ce sera le premier nom inscrit sur la feuille. » Pourquoi ? Parce qu’il existe des bases stratégiques : quand tu as Matuidi dans ton équipe, il y a des résultats. Tu as des joueurs qui te font gagner des matchs, mais aussi des joueurs qui t’évitent la défaite. Blaise fait partie de la deuxième catégorie. Et ça, c’est dur à remarquer », analysait d’ailleurs Jean-Marc Furlan, qui a l’a entraîné à Troyes de 2004 à 2007, dans les colonnes de So Foot en mars dernier.

Alors si on ne peut qu’avoir très peu de doute sur le fait que Matuidi réussirait à briller en Italie ou en Angleterre, on en a aussi très peu sur le fait qu’à coup sûr, Matuidi laisserait quelques regrets dans la capitale, s’il venait à partir.

À propos Ambre Godillon

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