Focus #15 Safet Susic, quand le Pape fait briller le PSG

Régulièrement, Canal Supporters vous propose de revenir sur la carrière d’un joueur passé par le PSG. Pour ce 15ème numéro, nous avons retracé la carrière sportive de Safet Sušić, mais également les passages de sa vie qui ont fait l’homme qu’il est. Focus sur Safet Sušić.

Safet Sušić. Ce nom sonne encore magique dans le creux de l’oreille des supporters parisiens. Ce nom réveille encore des souvenirs impérissables dans le cœur des aficionados du club de la capitale. Plus qu’un joueur, une religion. Et la magie, c’est le 13 avril 1955 qu’elle s’éveille, dans la ville de Zavidovići, alors en Yougoslavie. Ville teintée par une passion sportive puisque les handballeurs Edin Bašić et Venio Losert y ont vu le jour, mais également le basketteur Suad Mujić. Et la vie de Safet étant rythmée par la musique du football, Asim Bajramovic, compositeur, y a également fait ses premiers pas. C’est donc sur les bords de la rivière Gostović que le jeune Safet égrène son ballon. Zavidovići, la ville du bois, est donc le premier témoin du talent qui réside dans les veines de ce jeune homme. Dans un pays où se conjuguent tant de nationalités et de religions différentes, c’est en écriture cyrillique que s’écrivent les premières années de Safet.

C’est au sein du club local de Zavidovići, le club de Krivaja, qu’il apprend les bases du football. Il y est formé, et son amour pour le ballon rond éclot jour après jour. Son talent est remarqué et lors de la saison 1972-1973, à seulement 17 ans, Safet rejoint le club de l’actuelle capitale bosnienne, le FK Sarajevo. Le 3 août 1973, Safet est titulaire. Modeste club yougoslave, le FK Sarajevo va désormais jouer les premiers rôles grâce à son génial meneur de jeu. Durant dix ans, le magicien participera à 221 matches et inscrira 85 buts. Dix ans où il brillera, dix ans où il deviendra une idole sur ses terres. Il sera même meilleur buteur du championnat yougoslave en 1980 avec 17 buts, championnat dont il sera élu meilleur joueur la même saison. En 1977, il découvre la sélection nationale. Pour sa première sélection, le 5 octobre 1977, il inscrit deux buts. Ce fut face à la Hongrie. Son deuxième match, face à la Roumanie, se passe encore mieux puisqu’il réaliste un hat-trick. Puis un autre coup du chapeau face à l’Italie en 1978, et encore un autre face à l’Argentine deux mois plus tard. Dix ans à la maison donc, avant de s’envoler vers le Paris Saint-Germain. La France le connait sur le papier puisque France Football le place parmi les 10 meilleurs joueurs européens en 1979. Très bon lors de la Coupe du monde 1982, le joueur est toutefois éliminé dès les phases de poule. Troisième à égalité avec l’Espagne, deuxième, la Yougoslavie est éliminée à cause d’une moins bonne attaque (3 buts pour l’Espagne, 2 pour les Yougoslaves). Mais les performances de Sušić tapent dans l’œil du Paris SG qui entre alors en contact avec le milieu offensif. L’histoire de sa carrière, l’histoire de sa vie, va prendre un nouveau tournant. Un tournant Rouge et Bleu.

Il n’est pas encore l’heure pour vous d’ouvrir le roman des aventures de Safet Sušić au PSG. Non, il est pour le moment l’heure de vous faire patienter. Car un épisode est à insérer entre ces deux passages : celui du Torino. En Yougoslavie, tu ne peux quitter ton pays qu’à l’âge de 28 ans. Forcément, le palier de Sušić est rempli de prétendants, et pas des moindres. Le Yougoslave pose ses conditions sur un papier avec l’Inter Milan, un papier qu’il signe mais le Torino propose une meilleure offre. Safet Sušić décide donc de rejoindre les Grenats italiens mais les Interistes, remontés, font remonter une plainte jusqu’aux instances de l’UEFA qui sanctionne le joueur d’une interdiction de rejoindre l’Italie durant un an. Entre temps, Ivica Surjak parle de son compatriote à Francis Borelli. Quelques temps plus tard, le milieu de terrain rejoint donc le PSG, un club qu’il aimera tant et qu’il aurait pourtant pu ne jamais rallier.

« Sušić était exceptionnel, capable de faire une passe entre le mur et la peinture ! » 

Nambatingue Toko

Son aventure au Paris SG commence toutefois d’une bien drôle de façon. Aligné par Georges Peyroche lors Tournoi de Paris de 1982 (le PSG termine 3ème, l’Atletico Mineiro premier), Safet Sušić verra son transfert bloqué par la loi yougoslave. Ce sera seulement au tout dernier match de l’année 1982, face à Monaco le 18 décembre 1982, que Safet Sušić apparaîtra pour la première fois avec la tunique parisienne. A la 53ème minute, le Yougoslave entre à la place de Nambatingue Toko. Cela faisait déjà de longues minutes que le public du Parc scandait son nom, de longues minutes que les amoureux du PSG réclamaient son entrée. Malheureusement, Sušić ne put empêcher la défaite de sa nouvelle équipe (0-1, but de Bruno Bellone). Mais trop tard, la magie a déjà opérée. L’homme des premiers trophées, l’homme des premiers émois. Le PSG a ouvert son armoire à trophée pour la première fois quelques mois avant son arrivée (Coupe de France 1982), mais réitèrera l’exploit en 1983, une saison où il sera élu meilleur joueur étranger de Division 1. Et, clairement, Safet y est pour quelque chose. Sa « spéciale » est imparable. Devenu expert dans le domaine de la passe, Sušić adresse des ballons parfaits grâce à une passe sèche de l’intérieur du pied. Et ce fameux soir du dimanche 11 juin 1983, il adresse sa spéciale à Toko. La passe du magicien yougoslave transperce la défense nantaise, et l’attaquant parisien n’a plus qu’à croiser le ballon au fond des filets. Quelques minutes avant, il s’amusait déjà de la défense nantaise avant d’adresser un missile pleine lucarne. Il est même à créditer du décalage sur Pascal Zaremba lors de l’ouverture du score de ce dernier.

« Il fait partie des meilleur joueurs qui sont passé au PSG. L’un des 5 meilleurs. Un très bon joueur, avec des grosses qualités tactiques et techniques. Très bon passeur et tireur de coup franc. Un coéquipier modèle, discret, humble, respectueux et respecté de tous. Jamais personne n’a eu de problème avec lui. Un homme généreux. Avant de jouer avec lui, je l’ai affronté en finale de Coupe de France 83, il nous avait fait très mal. »

Michel Bibard (pour Canal Supporters)

La passe. Son domaine de prédilection. L’égoïsme n’a jamais eu d’effet sur ce joueur. Amoureux du beau geste, du service, du caviar. En 287 matches de D1, s’il inscrira 67 buts, il adressa 61 passes décisives. Un record au PSG, encore aujourd’hui. Preuve de son talent, un certain soir de septembre 1984, il délivre 5 passes décisives face à Bastia (victoire 7-1). D’autres s’y sont essayé, mais personne n’aura réussi (Leonardo, 4 passes décisives face au Steaua Bucarest et Zlatan Ibrahimovic, 4 passes décisives face au Dinamo Zagreb). Sa technique était bien supérieure à la normale, et sa conduite de balle sublime. Le seul problème restera cette impression de choisir ses matches, et cette envie de sans cesse vouloir dribbler, même quand cela ne semblait pas nécessaire. S’il réfute choisir ses matches, Safet Sušić reconnait avoir été plus motivé lors des grandes rencontres. Malgré tout, son talent explose aux yeux de tous et devient, pour la première fois de sa carrière, Champion de France en 1986. Et pour démontrer à quel point Safet Sušić est important pour le PSG, le club de la capitale joue le maintien lorsque le Yougoslave est mis à l’écart par Gérard Houllier lors de 1987-1988. Son retour sur les terrains en fin de saison est indubitablement lié au maintien du club. Safet Sušić aime le PSG, et le PSG l’aime. C’est indéniable. Et cet amour se traduira par un niveau de jeu retrouvé la saison suivante. Le PSG aura besoin du talent de son numéro 10 pour lutter avec l’OM tout au long de la saison 1988-1989. Ce sera finalement les Phocéens qui seront champions, et les Parisiens dauphins. Mais, plus de six ans après son arrivée, Safet Sušić est devenu un membre à part entière du club, un cadre, un pilier. Une idole. Et le Yougoslave tombe également amoureux de la France, au point de se faire naturaliser en octobre 1988.

Et pourtant, si son sang semble Rouge et Bleu, Safet Sušić aurait pu, aurait dû, rejoindre l’Olympique Marseille. Peu avant le Clasico du 5 mai 1989, et peu après, Bernard Tapie prend contact avec Tomislav Ivic et Safet Sušić afin qu’ils rejoignent le Vieux Port la saison suivante. Face au RC Lens le 20 mai 1989, Safet Sušić n’est pas dans le groupe. La direction parisienne évoque un problème tactique. En réalité, Safet Sušić avait donné son accord à l’OM. Mais finalement, Bernard Tapie annulera les discussions une fois le titre de Champion acquis. Le PSG a perdu le trophée, mais a gagné Sušić, on peut voir les choses comme cela.

C’est finalement en 1991 que Safet Sušić tournera la page PSG. Sûrement, logiquement, évidemment, la plus belle de sa carrière. Mais, Parisien dans l’âme, il n’émigrera pas très loin puisqu’il s’engagera au Red Star, le temps d’une saison. Mais revenons au PSG. Neuf ans, 344 matches, 85 buts, aucune blessure. Jamais le Yougoslave ne sera sur le flanc, et ça c’est remarquable. Neuf ans donc, où Sušić a brillé. En 2010, il est élu meilleur joueur de l’histoire du club par France Football. Mais il est temps désormais de tourner la page des terrains, afin de découvrir celle du banc. Il était une fois, Safet Sušić l’entraîneur.

« J’ai vu jouer de grands joueurs mondiaux, mais Safet Sušić est unique, le seul et unique. C’était un artiste. »

Miroslav Blazevic

C’est à l’AS Cannes que Safet Sušić découvre le métier de coach. Et pour ses débuts, il fait fort puisqu’il entre dans l’histoire… de Fenerbahçe ! Lors du premier tour de l’Europa League, les Cannois affrontent l’un des tous meilleurs clubs turcs de tous les temps et l’écrase 9-1 sur le score cumulé (4-0 à l’aller, 1-5 au retour). Cette unique saison sur la Côte d’Azur est bonne pour une première puisque l’AS Cannes termine neuvième et Safet Sušić fait éclore les jeunes Patrice Vieira et Johan Micoud. Dès l’été 1995, le coach va découvrir un nouvel amour : la Turquie. Mise à part une brève saison en Arabie Saoudite à la tête d’Al Hilal Riyad, Sušić passera 13 ans a entraîner en Turquie. Il coachera Istanbulspor AS, Konyaspor, Ankaragücü, Rizespor-Caykur et Ankaraspor. Il ne quittera la Turquie que pour devenir sélectionneur de son pays, depuis devenu la Bosnie-Herzégovine, en décembre 2009. Il manque de peu la qualification pour l’Euro 2012 mais parvient à se qualifier pour la Coupe du Monde 2014. Pourtant, lors des éliminatoires de l’Euro 2016, les mauvais résultats de la Bosnie contraignent la fédération à licencier Safet Sušić.

C’est en France que rebondira l’entraîneur, plus précisément à Evian Thonon-Gaillard alors en Ligue 2, mais n’y restera que quelques mois. Après cinq défaites et un nul en six matches, Sušić est licencié en janvier 2016. Sans club depuis, proche de rejoindre la sélection du Sultanat d’Oman, Safet Sušić s’assiéra finalement sur le banc d’Alanyaspor. En Turquie, bien évidemment.

S’il  a marqué le PSG, Safet Sušić a aussi marqué la France. Le magazine France Football l’a par ailleurs nommé en 2012 meilleur joueur étranger à avoir joué en France. Surnommé « Le Pape » sur sa terre natale, il aspire à une vision presque divine aux yeux des supporters parisiens qui transforment son surnom en « Papet ». Et si l’UEFA l’a désigné en 2003 meilleur joueur bosnien de ces 50 dernières années, il revêt aux yeux de beaucoup de fans parisiens la tunique du meilleur joueur de l’histoire du PSG. Peu de joueurs, et même depuis l’ère QSI, disposent d’une telle cote d’amour. A tel point que beaucoup d’aficionados du club l’adorent sans même l’avoir vu jouer. Dans la vie, les paroles s’envolent et les écrits restent. Mais tes buts, tes gestes, ta classe Safet, tout cela restera gravé en nous. A tout jamais Parisien. A tout jamais dans nos cœurs. A tout jamais le meilleur, mais là, messieurs-dames, c’est mon cœur qui parle.

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À propos Quentin Polin

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