LA TRIBUNE ULTRA : « Au CUP, nous voulons changer cette image négative des Ultras, véhiculée depuis trop longtemps »

Désormais chaque mois, vous retrouverez sur Canal Supporters une chronique du Collectif Ultras Paris, pour livrer son humeur du moment. Les moments traversés avec les supporters parisiens, les instants gravés et les projets en construction, ils vous livreront sans artifices leurs ressentis sur une actualité qui leur est chère. Comme pour apporter leur pierre à l’édifice parisien.

Cette semaine et après les turbulences qui ont émaillé le monde du football, Mika, vice-président du Collectif, et Fabien, membre du bureau, ont pris la parole. L’un est leader de groupe au sein du CUP, l’autre est Capo pour la tribune Auteuil et ensemble, ils tenaient à rétablir quelques vérités dans la seconde « tribune Ultra ».

 

Gérer des milliers de supporters, et contrôler toutes les visions du mouvement Ultra dans une seule association, bien sûr, ce n’est pas simple. Mais le point de départ est de savoir : pourquoi on est là ? Pourquoi se rassembler ? Sans unité, on n’arrivera à rien. Donc chacun fait des efforts. On est des adultes, bien plus responsables et capables de s’organiser que l’image que renvoient parfois les Ultras eux-mêmes. Il s’agit aussi de faire changer cette image négative véhiculée depuis trop longtemps… Ensuite, nous les leaders de chaque groupe* nous avons bien sûr un rôle important à jouer pour diffuser les informations au sein de nos groupes respectifs et de faire passer les messages clés tout en faisant respecter les règles. Si sur certains points la vision peut être différente, il est important de voir au delà pour le bien du Collectif dans son ensemble et pour le bien de notre club.

Pour échanger au sein du Collectif, c’est assez simple. Nous discutons beaucoup sur notre propre forum, et les leaders sont en communication permanente entre eux, avec les membres, lors des matchs, des déplacements, pendant les préparations de tifos, des événements caritatifs, etc. C’est important de conserver une part d’identité de chaque groupe, car chaque groupe a sa propre histoire, son passé, son cercle d’amis et son vécu individuel. Mais le plus important, c’est de dépasser cette identité pour mettre en avant le Collectif, le club et la fierté de supporter son équipe et de tout donner pour elle. Des assemblées générales sont organisées annuellement pour permettre à de nouvelles personnes de poser des questions et d’adhérer au projet que nous portons.

Après, bien sûr qu’il y a des différences avec ce qu’on a connu en tribune dans le passé. Mais les « Ultras » ont toujours pour vision de défendre l’histoire de leur club, d’incarner un football populaire, de défendre le prix des abonnements, les couleurs du maillot, le nom du stade, etc. Tout ce qui touche au patrimoine du club et à son identité. Le dialogue avec le club, c’est vrai qu’il n’y en avait pas. Donc aujourd’hui, on ne peut que cautionner ce dialogue et avancer avec celui-ci ! Par contre, avec les pouvoirs publics ça reste encore compliqué… D’autant plus qu’ils restent sur leur ligne de conduite axée sur un refus de dialogue et une répression constante.

 Il faut savoir que de nombreux groupes de supporters actifs au sein du Collectif luttent depuis de nombreuses années pour défendre leurs droits. La politique menée à l’encontre des ultras par les pouvoirs publics ainsi que la Ligue de Football Professionnel pendant de nombreuses années ne nous a pas permis de nous exprimer Nous avons été confrontés à de nombreuses interdictions de déplacement, à beaucoup de mesures liberticides, voir illégales pour certaines. Les pouvoirs publics au sens large ainsi que les représentants du foot français ont tenté de cacher les difficultés et n’ont pas permis à chaque partie de se retrouver autour d’une table afin de discuter. C’est la politique du tout répressif, de l’absence de prévention, du dialogue zéro. Alors oui, les derniers incidents dans le monde du foot ont été très médiatisés et le fait qu’ils se soient déroulés sur une courte période peut donner l’impression d’un « réveil des ultras », mais pendant de nombreux mois il n’y a eu que peu d’incidents. Et puis les Ultras ne sont pas forcément les seuls concernés. D’où l’intérêt de prendre en compte toutes les composantes du supporterisme et de réaliser un vrai travail de fond entre toutes les parties.

Nous, au sein du Collectif, nous avons beaucoup avancé, mais nous nous sommes souvent heurtés à un mur. Il est temps aujourd’hui de prendre conscience que travailler tous ensemble nous emmènera forcément plus loin que rester isolé, sans dialogue. Cela doit se faire dans un cadre clair, défini, légal, avec l’appui des instances et en suivant les recommandations existantes en matière de supporterisme.

Aujourd’hui, notre objectif est plutôt simple : nous souhaitons pérenniser la situation avec la mise en place d’un référent supporter (SLO) comme prôné par les directives européennes. Dessiner ce cadre doit permettre d’exprimer à chaque match la ferveur du public tout en maîtrisant les conditions de sécurité. Dès lors, il n’y a pas de raison de limiter le nombre de supporters actifs. Nous souhaitons travailler sur le coté préventif de la gestion des supporters, tout en ne se dédouanant pas de nos responsabilités et en n’oubliant pas que le coté répressif est toujours présent pour sanctionner à titre individuel tout comportement que la justice estimerait sanctionnable. C’est en ce sens que les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités et participer au dialogue. Sans ce dialogue, leurs décisions ne peuvent être comprises et expliquées au plus grand nombre. Il est temps de dépasser ces clivages et de démontrer qu’en France aussi nous sommes capables d’avancer… Tous ensemble.

*Le Collectif Ultra Paris compte plus de 7 groupes réunis au sein de la même entité CUP, chacun avec ses membres, ses leaders et ses signes distinctifs.

À propos Ambre Godillon

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