Le PSG peut-il vraiment compter sur les Franciliens pour se construire un avenir ?

Alphonse Areola, Presnel Kimpembe, Christopher Nkunku ou Adrien Rabiot… Ils sont quelques-uns à commencer à se faire un nom, dans la capitale et en Europe, en s’offrant une visibilité éclair dans un Paris Saint-Germain ultra-médiatisé.

Ces purs produits de la formation parisienne, les « titis », pourraient même incarner l’avenir de cette équipe aux ambitions XXL, si les performances et le temps de jeu arrivent à les porter vers les sommets continentaux.

Trois d’entre eux sont déjà, à moins de 24 ans, intégrés à l’équipe de France de Didier Deschamps, et tous ont disputé plus d’une dizaine de matches cette saison. Pas moins de trois joueurs formés au PSG dans les rangs des Bleus. Pas mal pour un centre de formation qui n’avait vu que Sakho et Chantôme grimper jusqu’à l’équipe première ces dernières années (ils ne sont que 11 joueurs formés au club à avoir porté le maillot des Bleus dans toute l’histoire du PSG). Et une statistique remarquable, en soi, quand on sait que les plus grands clubs ont bien du mal à faire une place à leurs jeunes pousses puisqu’ils ont les moyens de s’offrir les meilleurs joueurs de la planète.

Pour le PSG, la pilule a été difficile à digérer avec le « raté » Kingsley Coman. Ce dernier, après 8 années de formation au PSG, n’avait disputé que 4 petits matches avec l’équipe première de son club de cœur, avant de succomber aux appels de la Vieille Dame, puis de s’envoler un an plus tard vers le Bayern Munich pour des sommes mirobolantes… Sans que le PSG ne soit vendeur à aucun moment, puisque la direction francilienne l’avait laissé filer « gratuitement ». Deux ans avant, Paris faisait d’ailleurs quasiment la même erreur avec Moussa Dembélé qui avait fait ses gammes pendant 8 ans au Camp des Loges… Avant de filer à Fulham puis d’exploser les compteurs du championnat écossais avec le Celtic Glasgow.

Depuis, le club parisien a parcouru du chemin et a su, peu à peu, faire de la place pour sa jeune garde. « On veut surtout le nouveau Messi. On ne cherche pas à recruter Lionel Messi, mais on veut investir dans les très grands talents de demain » déclarait pourtant Nasser à L’Equipe à son arrivée au PSG. Et pour trouver son « nouveau Messi », le président comptait s’inspirer du modèle catalan, qui arrive à faire cohabiter dans son équipe des joueurs tels que Piqué, Alba, Sergi Roberto, Busquets, Iniesta, Rafinha, Denis Suarez et Messi, tous formés (ou post-formés) dans la maison catalane.

Outre le départ du directeur du centre de formation depuis près de 10 ans, Bertrand Reuzeau et la nomination de l’Espagnol Carles Romagosa comme directeur technique, les choses ont bougé du côté de l’équipe première. Unai Emery en a fait l’un de ses challenges, comme il l’expliquait en conférence de presse au début de la saison : « Ce n’est pas facile pour un jeune de jouer au PSG, mais il faut aussi leur donner leur chance (…) Le PSG a fait un grand travail avec le centre de formation. Le mérite vient au club puis aux joueurs. Ma responsabilité est de savoir qui va jouer. Si un joueur mérite, il va jouer. L’objectif est de gagner et de choisir les meilleurs joueurs. C’est bon pour le PSG que les joueurs du centre de formation méritent de jouer. C’est bien pour la concurrence. »

Cette saison, le virage a bien été pris. Adrien Rabiot et Christopher Nkunku se perfectionnent dans le sillage de Thiago Motta et de Blaise  Matuidi, Alphonse Areola poursuit son apprentissage dans la concurrence instaurée avec Kévin Trapp, tandis que Presnel Kimpembe progresse à vitesse grand V dans l’ombre de Thiago Silva. Pour chacun d’eux, les dés sont loin d’être pipés pour l’avenir, et il y a fort à parier qu’Unai Emery continuera dans sa même logique : pousser les plus grands joueurs de l’effectif à faire grandir les meilleurs jeunes du club.

« Oui, le regard sur les jeunes a changé depuis son arrivée. Aux entraînements, on le sent. Il y avait plus de jeunes cet été. S’il doit leur donner la chance, il leur donnera, je n’ai aucun doute« , confiait Kimpembe début septembre.

Mis à part Nkunku, qui fait encore son chemin du côté du banc de touche, les jeunes parisiens ont donc les moyens de s’octroyer une place de titulaire dans ce PSG-là et même d’envoyer quelques stars sur la touche.

« Quand je vois un peu les jeunes, je me dis que la formation du PSG est quand même au niveau. Il n’y en a pas un qui ne pourrait pas s’en sortir dans un autre club« , commentait d’ailleurs Thomas Meunier en décembre dernier.

Et du côté de la formation, d’autres jeunes talents attendent également leur tour pour venir squatter l’équipe francilienne, à l’instar d’Alec Georgen ou de Lorenzo Callegari. Reste à savoir si le PSG peut compter sur eux, mais aussi et surtout si ces derniers pourront compter sur le PSG pour les laisser éclore.

Dans le cas du jeune Lorenzo Callegari, la gestion du club interpelle. En janvier dernier, alors que son agent faisait le forcing pour l’envoyer en prêt, le PSG a tenu à le retenir sans aucune garantie de temps de jeu. Pour Alessandro Canovi, connu pour représenter également Thiago Motta, son poulain était freiné dans sa progression de manière assez incompréhensible. «C’est important de faire comprendre que les jeunes sont aussi importants que tout autre joueur pour le projet du PSG. Il est important d’avoir un projet sur ces jeunes. Et je parle d’un projet technique, pas seulement économique. Je dois savoir quel est le projet technique du PSG pour lui. J’ai de bonnes relations avec le club, mais que veulent-ils faire avec Lorenzo ? Honnêtement, je n’ai pas bien compris quel était leur projet. Je ne parle pas d’Unai Emery. Lui, je le remercie de l’avoir utilisé. C’est plus global. Il y a des joueurs comme Rabiot qui sortent, mais c’est normal vu leur grande qualité. Mais il y en a d’autres qui émergent plus tard », avait d’ailleurs déclaré Canovi auprès de Foot Mercato en janvier dernier.

Le centre de formation grandit

En tout cas, le centre de formation grandit et les ambitions aussi. Avec un budget de près de 10 millions d’euros annuels par an pour ses cinq équipes réparties entre la formation et la préformation, le PSG version Qatari a décidé de se donner les moyens de ses ambitions.
En témoigne d’ailleurs le futur centre ultramoderne où seront regroupés les pros et les jeunes en formation, et qui devrait voir le jour dans trois ans.

En attendant, côté performances, ça évolue aussi. La saison dernière, la formation francilienne a brillé : un titre de champion de France chez les U17, puis un autre chez les U19, qui sont aussi devenus vice-champion d’Europe après avoir disputé une finale de la Youth League, équivalent chez les jeunes de la Ligue des champions.. Depuis 2006, le PSG s’est offert six titres de champion de France et cinq autres de vice-champion en cumulant les U17 et les U19. Avant cela, il n’en comptait pas un seul.

Signe que le centre de formation est désormais reconnu, le PSG a terminé deuxième au classement des centres de formation français établi par la Fédération française (FFF) au terme de la saison dernière, juste derrière Lyon. Trois ans avant, il était encore douzième.

Quid du recrutement des jeunes en Île de France ?

Si jusque-là, le PSG n’a pas vraiment su mettre en évidence ses jeunes talents, notamment sur le marché des transferts, c’est surtout parce que les quelques joueurs qui ont eu le potentiel pour se distinguer se sont faits une place dans l’effectif, ou sont partis gratuitement ailleurs.
D’autres, qui ont pourtant grandi en région parisienne, n’ont même jamais mis un pied dans le club, faute d’avoir eu les arguments nécessaires pour ne pas aller convoler ailleurs, et près d’une équipe qui aura davantage la réputation de faire de l’espace aux jeunes pour une évolution future (l’influent épisode Anelka n’a pas arrangé les affaires du PSG).

C’est par exemple le cas de Kylian Mbappé, repéré très tôt et courtisé pendant près de deux ans par le club francilien alors qu’il évoluait encore à Bondy… Avant qu’il ne se décide à rejoindre la principauté à 14 ans où il a signé plus tard son premier contrat professionnel, et s’offrira l’explosion qu’on lui connaît aujourd’hui. « À cette époque-là, le PSG n’était pas un club qui pouvait m’attirer parce qu’il était en pleine reconstruction. C’était un risque parce que quand j’intègre Monaco, c’est le tout début de l’ère qatari. On ne savait pas à quoi cela pouvait ressembler. Mes parents n’ont pas voulu me jeter dans l’inconnu », expliquait l’attaquant au micro de BeIN. Preuve que si le PSG souhaite inciter les Franciliens (et leurs familles) à s’engager dans la capitale, il doit désormais prouver que le projet ne s’arrête pas à la formation, et qu’il offre des perspectives professionnelles.

Et puis parfois, le club passe simplement à côté des meilleurs joueurs de la région parisienne, faute d’un scouting assez performant. Alors si l’Ile de France est l’un des viviers les plus riches d’Europe, trop de jeunes de la région passent encore à travers les mailles du filet parisien et vont se former en province. Il suffit de voir le nombre de Franciliens qui ont éclos dans les plus grands championnats européens, pour se rendre compte que souvent, les radars du PSG sont passés à côté de quelques pépites. Paul Pogba, né en Seine-et-Marne, a par exemple été du côté du Havre (reconnu dans son domaine) pour faire sa formation, et incarne comme beaucoup d’autres les carences de la détection parisienne.

A prendre en compte enfin, la décision de l’entourage qui peut également peser dans la balance… Dans un sens comme dans l’autre. Dans les cas Pogba ou Aurier, par exemple, le joueur originaire d’Ile de France peut aussi chercher à son construire loin de son entourage, avant de songer à revenir.

Reste qu’avec Antero Henrique, celui qui devrait devenir le nouveau directeur sportif du club, les choses devraient changer. Réputé pour disposer d’un réseau de scout démentiel, l’ancien dirigeant de Porto est aussi connu pour avoir la faculté de créer de nouveaux réseaux autour de lui et de rendre les terrains plus fertiles pour voir émerger de nouveaux noms. Un nouveau virage pour le Paris Saint-Germain.

À propos Ambre Godillon

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