Pourquoi Leonardo reste-t-il irremplaçable dans le cœur des Parisiens ?

« Et si Leonardo revenait enfin ? Mais pourquoi ne fait-on pas tout pour le convaincre de revenir ? De toute façon depuis qu’il est parti rien n’est plus pareil. De toute façon, il n’y avait que Leo pour faire les bons choix et recruter les bons joueurs. Leo il ne se laissait pas faire au moins ! »

En voilà des phrases que vous avez sûrement entendues, pensées ou même lâchées. Pourquoi ? Parce que Leonardo semble étrangement rester irremplaçable dans le cœur des Parisiens. Un joueur devenu entraîneur loin de Paris et revenu avec l’élégant costume du directeur sportif, et qui a laissé la capitale un peu orpheline après son départ. Mais aussi et surtout parce qu’il n’a jamais vraiment été remplacé.

Une personnalité à part

Sanguin en tant que joueur, attachant mais rigoureux en tant que dirigeant, parfois même autoritaire, le Brésilien est de la trempe de ceux qui s’imposent sans avoir à hurler. Un leader né, qui imposait ses choix comme des décisions indiscutables, et qui intervenait souvent à bon escient, et avec grande classe. Il rendait fiers les Parisiens, tout simplement.

Il faut dire que depuis son départ, les supporters franciliens peinent à se reconnaître dans une direction très discrète. Il faut dire que Leonardo vampirisait les caméras à coup de punchlines et de petits trais d’humour. Une figure connue du club, professionnelle, qui avait ses entrées dans tous les clubs de Serie A et était accessoirement polyglotte (il parle pas moins de six langues). Logique que l’ultra-discrétion de ceux qui lui ont succédé soit interprétée par beaucoup comme de l’inaction, et parfois même du laxisme.

Leo, lui, était un pare-feu médiatique. Il encaissait et dégommait quand il fallait défendre les siens. Depuis, c’est souvent le président lui-même qui encaisse les coups et lâche ses coups de gueule quand il s’agit de répondre aux attaques, mais rares sont les fois ou le duo Letang – Kluivert s’est imposé.


Et puis être DS, ce n’est pas seulement agir sur le mercato, c’est aussi gérer des hommes au quotidien, assurer la transition entre le groupe et le staff, entre le staff et la direction. Quand ça va bien, mais aussi quand ça va mal, et l’Italo-Brésilien avait les épaules pour se faire respecter dans les deux cas.

« Au PSG, il manque un directeur sportif comme Leonardo, une structure efficiente comme à la Juve », concédait d’ailleurs Thiago Motta auprès de la Gazzetta dello Sport en mai 2016.

Des recrutements efficaces

Si les supporters parisiens regrettent tant leur « Leo », c’est aussi parce que celui qui était directeur sportif du PSG a été la première pierre de l’édifice Qatari pour construire un nouveau grand club aux ambitions XXL. Il a été à l’initiative de l’arrivée de nombreux grands noms, qui ont eux-mêmes installé le club dans une autre dimension. Celle des grandes écuries européennes, capables d’attirer les meilleurs, y compris sur le banc, où il a placé Carlo Ancelotti. Capable aussi de trouver des pépites, comme lorsqu’il a coupé l’herbe sous le pied des plus grandes écuries transalpines pour aller dénicher Verratti du côté de Pescara.

Sirigu – Van der Wiel, Silva, Marquinhos, Maxwell– Motta, Verratti, Matuidi – Pastore – Ibrahimovic, Cavani : un an après son départ, le PSG pouvait même se permettre d’aligner une équipe uniquement composée de joueurs recrutés par Leonardo. Et au terme de la saison 2015, après deux années sans lui, le PSG n’avait recruté que deux joueurs, David Luiz et Serge Aurier.

Pourtant, beaucoup ont tendance à oublier que finalement, Leonardo n’est resté que deux petites années dans son fauteuil de « super recruteur », et qu’il s’agissait finalement de sa première expérience dans le domaine, même s’il s’était déjà exercé au métier d’entraîneur (au Milan AC et à l’Inter).

Mais force est de constater qu’en très peu de temps, il a su activer son immense réseau et convaincre des joueurs de renommée qui avaient déjà côtoyé les plus grands clubs. Et surtout les débaucher à un moment où Paris était encore novice sur la scène internationale.

Logique qu’on ne retrouve pas aussi facilement quelqu’un d’aussi efficace. D’ailleurs, depuis son départ à l’été 2013, le club n’a jamais recruté de remplaçant officiel à Leonardo : Olivier Letang, son adjoint, a fini par être promu à son poste en 2016, après trois années de flou artistiques à la tête du PSG où il était officiellement l’adjoint de… personne. Le même été, Patrick Kluivert s’engageait en temps que directeur du football, prenant officieusement les commandes du recrutement, sans en avoir la fonction officielle.

Une relation spéciale avec le club

Un peu comme Beckenbauer au Bayern ou Nedved à la Juve, voir un ancien joueur intégrer l’organigramme du club a quelque chose de flatteur, parce qu’il perpétue l’histoire d’un homme, mais aussi celle du club, qui a réussi a élever l’un des siens, du banc de touche au sommet de la direction.

Pour l’emblématique champion du monde 1994, ça tombait plutôt bien puisqu’avant d’être dirigeant pour exporter les couleurs du club, il les a porté sur les épaules dans l’antre du Parc des Princes. Pour un club qu’il a toujours apprécié et dans lequel il a laissé une belle empreinte.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si, à l’époque de son départ, le premier quotidien sportif lui implorait de rester au sein du club.

Alors quand l’ancien coéquipier de Raï est revenu au bercail 15 ans plus tard, tout de classe vêtu, pour représenter la marque francilienne et tenter d’attirer du Sud-Américain dans notre capitale, la nouvelle a logiquement été bien accueillie. Surtout qu’à l’époque, le Brésilien débarque avec la seule condition des pleins pouvoirs sur son mercato. Car Leonardo voulait être impliqué, parfois même trop. En témoignent ses coups de sang comme lorsqu’il a bousculé l’arbitre Alexandre Castro dans les couloirs du Parc des Princes après une rencontre face à Valenciennes… Par colère d’avoir vu le capitaine Thiago Silva se faire exclure. Un accrochage qui lui a valu 9 mois de suspension par la Ligue, et finalement une démission que tout le monde a dû accepter à contre-coeur.

Un histoire d’amour inachevée

« J’ai toujours gardé le lien avec Paris. Et puis, mon histoire avec le club ne date pas d’hier. Cela fait 18 ans que j’ai le PSG en moi », expliquait Leonardo en mai 2014, comme un ultime rappel aux cœurs brisés de la capitale.

Et depuis, à chaque mercato depuis 4 ans, les Parisiens espèrent que leur Leo reviendra prendre les commandes du bateau, en vain. « Je souhaiterais étudier la possibilité de retourner au PSG, s’ils le souhaitent, parce que nos rapports sont encore forts » déclarait même le principal intéressé en début d’année, comme pour tenter de remettre un pied au club. Dommage, le club ne souhaite visiblement pas renouer avec son ex, la page étant désormais tournée.

Dommage, car Leonardo a toujours aimé Paris mais plus que tout, Paris continue d’aimer Leonardo. Et quel que soit le courageux successeur, le fantôme du Brésilien trainera encore quelques temps du côté de Saint-Germain.

« Il manque au football. Comme c’est un personnage à part, personne ne l’a remplacé. À Paris, il est présent même en étant absent, puisque c’est lui qui a construit cette équipe. (…) S’il a fait le travail le plus difficile en reconstruisant de zéro le PSG, pourquoi ne reviendrait-il pas dans des structures déjà en place ? Les deux meilleures décisions des Qataris, c’est d’avoir choisi le bon club avec le PSG, et la bonne personne avec Leo. L’histoire d’amour n’est pas terminée entre Leonardo et Paris » résumait d’ailleurs Rai auprès de France Football en 2015.

La transition s’annonce donc passionnante. Parce que celui qui prendra la place de Leonardo devra jongler avec toutes les compétences de son prédécesseur : le recrutement, via la détection et la négociation, le charisme et le management d’un groupe, l’autorité, la gestion médiatique, et surtout, le coeur des supporters. 

À propos Ambre Godillon

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