Lucas : « Partir du PSG et aller dans un autre club européen serait une possibilité »

Actuellement en vacances et de passage du côté de Sao Paulo, sa ville natale, Lucas Moura s’est livré à Diario de S.Paulo. Dans une longue interview, l’ailier parisien fait le point, revient sur sa saison, sur le huitième de finale face au FC Barcelone, ses ambitions alors qu’on entre prochainement dans la saison du Mondial russe, ses perspectives d’avenir, lui dont les rumeurs annoncent un possible départ. Nous vous proposons une traduction de cet entretien paru vendredi dernier.

C’est votre cinquième saison au PSG, quel bilan pouvez-vous faire ?

Je fais un bilan très positif. Je me suis beaucoup amélioré chaque saison, et les chiffres en témoignent. Je suis content de mon évolution durant ces quatre ans et demi. J’ai beaucoup évolué sur plusieurs plans. Je peux dire aujourd’hui que je suis un joueur beaucoup plus complet, après tout ce que j’ai vécu au sein du club. C’est un grand plaisir de travailler avec de grands joueurs brésiliens et d’autres athlètes qui ont aussi fait l’histoire. C’est une grande source de satisfaction.

Comment est votre vie à Paris ? Qu’aimez-vous faire quand vous avez du temps libre ?

Ma vie est paisible, Paris est une ville merveilleuse. J’apprécie plusieurs endroits de la ville, aller dans les restaurants, je profite aussi de mon temps libre pour rester à la maison, faire des barbecues avec la famille et les amis. Je suis un gars tranquille.

Ces dernières années la France a souffert d’un climat anti-terroriste en raison des attaques survenues. Cela a fait changer des choses dans votre routine ? Vous souvenez-vous des jours qui ont suivis les premières attaques ?

Les jours qui ont suivis les attentats étaient très angoissants, une atmosphère de panique. Je ne faisais rien d’autre que maison entrainements, entrainements maison. Les rues étaient vides, la sécurité était renforcée. Les jours qui ont suivis  les attaques étaient très tendus. Une semaine, une semaine et demie après, la routine est revenue. Peu à peu l’équipe oubliait la peur, et la vie revenait à la normale. C’était très difficile et très triste de passer par de telles situations, de voir des gens mourir. Je restais chez moi, et je priais Dieu pour nous protéger, pour qu’il y ait la paix et l’amour dans le monde.

Depuis vos débuts professionnels en 2009, vous venez de vivre l’année la plus prolifique en terme de buts marqués: 19. Comment expliquez-vous cette évolution ?

C’est très positif. Je dis toujours que je ne suis pas un buteur né, je suis plus un joueur qui accélère le jeu, qui va créer les situations décisives. Je suis très heureux sur ce point, et cela est dû au travail, au dévouement. J’ai été très critiqué parce que je ne marquais pas de buts. J’ai cherché à améliorer cet aspect de mon jeu, être présent dans la finalité des actions. J’ai cherché à améliorer cela et j’ai travaillé pour. L’objectif est toujours de faire une meilleure saison que la précédente.

En plus des buts, vous avez livré 11 passes décisives. Estimez-vous que cette année a été la meilleure depuis départ de São Paulo ?

Absolument. Ça a été ma meilleure saison depuis mon départ de São Paulo. Marquer 19 buts et faire 11 passes décisives sont de bons chiffres. Individuellement, ce fut une saison très positive pour moi, et j’ai aussi beaucoup joué. Je peux être efficace et aider l’équipe. Statistiquement parlant, c’est ma meilleure saison depuis que je suis arrivé au PSG.

Pour la première fois, l’équipe n’a pas gagnée le championnat de France. Les critiques ont été fortes ?

La critique existera toujours, pour le potentiel que nous avons, pour les investissements que nous faisons, cela génère de la critique. C’est difficile d’être toujours au top, de maintenir son hégémonie. Nous savions qu’à un  moment donné tout pouvait arriver. La critique est toujours plus forte quand vous ne gagnez pas un titre que tout le monde attendait. Nous savons gérer cela, nous connaissons la force de notre équipe. Il faudra travailler davantage la saison prochaine pour ne pas répéter les mêmes erreurs. Nous savons que nous avons de la qualité et une structure, et puis, il faudra travailler pour faire une grande saison comme les précédentes.

Qu’est-ce qui a changé cette saison dans l’équipe, sur le terrain et dans le vestiaire sans Ibrahimovic ?

Sur le terrain c’est sûr qu’on a perdu un grand joueur. Ibra est quelqu’un qui manquerait à toutes les équipes, il a été une référence pour notre équipe. Quand il est sur le terrain les adversaires vous respectent plus, pour tout ce qu’il représente et pour tout ce qu’il représente pour le football et pour le club. C’est une grande perte. Dans le vestiaire c’est quelqu’un de très taquin, il rigole avec tout le monde, il est totalement différent de ce que les gens pensent de lui. Le football est ainsi, un jour vous êtes partenaire d’un joueur, un autre jour ce joueur peut être dans une autre équipe. Ça fait partie du football, nous sommes fiers d’avoir pu jouer avec un joueur comme lui.

Comment se vit le quotidien avec le Suédois ? Ses récurrents sorties explosives médiatiques ? Etes-vous toujours en contact avec lui ?

C’était quelqu’un de très sain. C’est un gars très authentique avec une forte personnalité. Comme je l’ai dit, en dehors des terrains et des interviews, c’est quelqu’un d’autre, de très calme et posé, qui aide les gens et qui se bat pour l’équipe. C’est le côté que les gens ne voient pas dans les interviews. Il a une forte personnalité. Mais c’est quelqu’un d’admirable. C’est un travailleur, un professionnel, un excellent exemple pour nous les joueurs. Nous avons perdu contact depuis son départ, mais je le regarde à la télévision.

Comment avez-vous réagit après la victoire contre Barcelone 4-0 en Ligue des Champions ?

C’était un climat de joie, de bonheur, une petite surprise. Gagner 4 à 0 contre une des meilleures équipes du monde c’est quelque chose qui se fête. C’était un jour agréable. C’est là qu’on voit la force de notre équipe, de ce que nous étions capables. Un jour très spécial pour nous.

Et, en contrepoint, quelle a été la réaction lors du match retour, après avoir été défait 6-1 au Camp Nou ?

Un climat totalement différent de celui du match aller. Un climat négatif, une mauvaise impression, un état d’esprit en deuil. La surprise aussi, cette chose que vous ne voulez pas croire. Nous avions le match en main et nous avons vécus ce que personne ne croyait. Un climat ennuyeux, tendu. On ne parlait plus il n’y avait plus rien à dire. Je voulais juste prendre ma douche, me changeait et rentrer à la maison. Seul le temps pourra nous guérir afin d’aller de l’avant. Ce sont des choses que le football procure, des moments fantastiques et d’autres moments désastreux. En deux matchs contre Barcelone, nous passons par ces deux phases. Les choses du football. Ça nous a servi de leçon, ça va nous renforcer. Ça servira d’apprentissage pour la vie, comme quoi rien n’est impossible.

Que manque-t-il au PSG pour atteindre l’objectif ultime des dirigeants, qui est de gagner la Ligue des Champions ?

C’est difficile de parler de ce qu’il manque. Gagner la Ligue des Champions est une chose très compliquée. A chaque nouvelle saison il est difficile de dire qui sera champion. Il y a d’autres clubs qui ont fait d’énormes investissements, et ils se battent pour gagner. Chaque saison qui passe est un bagage en plus pour y arriver, tout en ayant le plus grand respect pour l’adversaire. Année après année nous atteignons la phase finale et cela nous renforce, le jour viendra où nous y parviendrons. C’est difficile de faire des pronostiques, mais le football réserve beaucoup de surprises. Le football est passionnant et c’est pour cela qu’il réunit des millions.

Il y a des rumeurs de la presse européenne qui t’annonce sur le départ. Est-ce une possibilité ? Le PSG a-t-il reçu des propositions concrètes ?

A chaque période de transfert il y a toujours des spéculations, y compris avec moi. En fait aucune proposition n’est arrivée, rien de concret. Mon avocat ne m’a pas encore parlé de quoi que ce soit. J’ai un contrat jusqu’en 2020. Si quelque chose arrive nous nous assiérons pour analyser. Pour le moment il n’y a rien.

En dépit de votre bonne saison vous n’avez pas été appelé en équipe nationale brésilienne, êtes-vous frustré ?

Frustré, non. Ce n’est pas le bon mot à utiliser. Je me réjouis de chaque convocation, bien sûr. Je suis quelqu’un de tranquille et j’ai les pieds sur terre. Chaque chose en son temps. J’essaie de me concentrer sur le travail en club, m’améliorer jour après jour, en attendant ma chance avec patience et être prêt pour mieux en tirer profit. J’ai confiance en mon potentiel, je vais continuer à travailler et à me battre. Ce sont les décisions de l’entraîneur. La sélection a beaucoup d’options, et traverse une période magnifique. Vous devez être prêt à répondre présent lorsque l’opportunité se présente.

La Coupe du Monde se déroulera l’année prochaine, et pour le moment vous n’êtes pas dans les plans du sélectionneur, pouvez-vous rêver d’y être ? Un retour au Brésil en prêt ou aller dans un autre club européen pourrait changer ce scénario ?

Pouvez-vous rêver de la Coupe du Monde, oui. Il y a beaucoup de choses avant d’y arriver. Parfois, l’occasion apparaît soudainement. Je suis prêt à répondre présent à tout moment, je continuerai à travailler, croire, avec les pieds sur terre, faire confiance à Dieu. Je suis calme, avec un bon état d’esprit. L’important est de savoir que tu es dévoué en faisant de ton mieux. Les choses arrivent toujours au bon moment. Un retour au Brésil, je ne pense pas. J’ai mes objectifs pour gagner en Europe. Partir du PSG et aller à dans un autre club européen serait une possibilité, mais j’ai un contrat et à ce jour je n’ai reçu aucune proposition. Dans le cas contraire, nous allons voir ce qui est le mieux pour moi et le club. Aujourd’hui, je suis ici.

Y a-t-il eu des contacts récemment avec Tite ou avec un membre de son staff ?

Je n’ai eu aucun contact avec Tite ou quelqu’un du staff. Je n’ai parlé avec personne.

Comment évaluez-vous la performance de Rogério Ceni (actuel entraineur de Sao Paulo, ndlr) en tant qu’entraîneur ? Avez-vous discuté avec lui ?

Rogerio savait que ce serait un très grand défi pour lui. C’est sa première expérience en tant qu’entraineur, dans un club comme Sao Paulo. Certes il savait que ça n’allait pas être facile, mais il était préparé pour cela, en attendant d’apprendre à faire face à ce genre de situation (Sao Paulo est actuellement 7e, ndlr). L’équipe connait une période d’instabilité, mais je crois qu’il faudra tenir, il peut gagner en tant qu’entraineur et il va travailler pour cela. C’est quelqu’un qui a de professionnel qui a du caractère. C’est quelqu’un qui respire le football et qui se dédie à ça. Je suis toujours derrière lui. Parfois je lui envoie des messages de soutien, mais nous ne sommes pas beaucoup en contact par téléphone, non. Pendant mes vacances je suis allé à Morumbi (stade du Sao Paulo FC, ndlr), et j’ai beaucoup parlé avec lui, avec toujours une grande nostalgie. Mais quand je suis loin, il ne faut pas trop remplir le sac de nostalgie non plus (rire).

De nombreux jeunes ont émergé de Cotia (centre de formation de Sao Paulo FC). Vous, Casemiro (Sao Paulo FC, ndlr) et Bochillia (AS Monaco, ndlr) sont en Europe. Qu’est-ce qu’il y a de spécial dans à la source de Cotia ?

Sans aucun doute Cotia est le meilleur centre de formation de joueurs au monde. Je n’ai jamais vu quelque chose comme ça. Les infrastructures font parties des meilleures au monde. Le sportif dispose de tout ce dont il a besoin pour pratiquer le meilleur football, se développer sur tous les aspects. Cotia reçoit des investissements lourds, qui excellent dans la formation de grands joueurs. Je suis heureux et fier d’être passé par là-bas, j’y ai vécu. J’y suis revenu en vacances pour vaincre la nostalgie, et j’ai pu discuter avec les enfants, c’est toujours quelque chose de spécial. Je repense toujours aux moments de mon enfance passés là-bas. Il faut féliciter Sao Paulo pour tout ce que le club fait à Cotia. Tout ce qui est mis en place, on se préoccupe de l’enfant et de l’athlète. mais il y a aussi ce côté humain, c’est ça la différence.

Votre vente a rapporté 108 millions de réal brésilien dans les coffres de Sao Paulo, mais le club affirme être toujours confronté à des problèmes financiers. N’y a-t-il pas de stabilité financière ?

Avec l’argent de ma vente, São Paulo a fait signer d’autres joueurs. Il est difficile d’évoquer la façon dont l’argent a été utilisé, mais le club a recruté, certains ont réussi, d’autres malheureusement pas. Tous les clubs ont des problèmes financiers. Et c’est un problème que moi, en tant que sportif, je n’ai pas vraiment mon mot à dire. Je ne sais pas qui gère tout ça, ce sont des choses bureaucratiques, c’est dur de donner un avis.

Concernant David Neres qui est à l’Ajax, et Luiz Araújo, à Lille, avez-vous des contacts avec l’un d’eux ?

Je n’ai pas beaucoup de contacts avec eux. Je n’étais pas avec eux à Cotia, mais se sont deux jeunes talentueux, avec beaucoup de qualités, le fruit de São Paulo. Les joueurs qui se démarquent à São Paulo vont en Europe. Ils ont tout pour bien travailler. La Cotia est un bon point de départ pour aller en Europe, pour participer après à des grands tournois contre des grands joueurs. La crème du football est en Europe. Ça va leur faire beaucoup de bien cette expérience européenne, et ils évolueront en tant qu’athlète mais aussi humainement. L’apprentissage est très grand là-bas, et l’expérience est fantastique. Ça prouve que le travail à Cotia est bien fait et les joueurs qui vont à l’étranger se font remarquer. Je suis persuadé qu’ils vont aider leurs clubs.

Il y a toujours des commentaires sur les réseaux sociaux de la part des supporters de Sao Paulo pour vous encourager. Comment réagissez-vous ?

Je reçois toujours beaucoup de messages des supporters de Sao Paulo. Je suis flatté par l’affection qu’ils ont envers moi, c’est une source d’inspiration pour moi. J’ai gagné une grande reconnaissance par la façon dont je suis parti. Donc je ne suis jamais de Sao Paulo, vous êtes dans mon cœur et le serez toujours, même loin, il n’y a pas loin de São Paulo, vous êtes dans mon cœur et sera pour toujours. Nous ne sommes jamais loin.

Il vous arrive de vous demandez quel sera le bon moment pour revenir au Brésil ? Ça se fera seulement sous le maillot tricolore (la Seleçao) ?

Quand je suis parti, j’ai dit que je reviendrai, c’est un objectif. Portez ce maillot, sentir la chaleur, en jouant au Morumbi plein à craquer. Mais pour le moment c’est difficile d’imaginer ça. Ce sera dans quelques années, pas maintenant. J’ai beaucoup à gagner en Europe. C’est difficile pour moi de parler en ce moment, mais quand je parle de retour au Brésil, São Paulo me vient à l’esprit.

© Traduction Karim Bachelez

À propos Karim Bachelez

Expériences en Colombie et à Taïwan. Traducteur, vrai bilingue en espagnol, anglais, de très bonnes notions en mandarin. « Tout ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au football que je le dois. » Albert Camus.

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