Six ans après son arrivée au PSG, Salvatore Sirigu tourne une page de l’histoire parisienne

Durant l’été 2011, le Paris Saint-Germain plongeait dans une nouvelle ère, entre les mains de nouveaux propriétaires venus du Qatar. Mais avant l’éclosion qu’on lui connaît et l’ampleur qu’il allait prendre sur la scène européenne, le club francilien entamait surtout des changements sportifs et médiatiques radicaux, en recrutant à tour de bras des joueurs qu’il estimait pouvoir commencer à incarner ce projet.

Mais avant de s’offrir les Ibrahimovic, Silva, Beckham ou Cavani, le PSG a d’abord construit ses premières bases en allant piocher du côté de l’Italie. Le nouveau directeur sportif, Leonardo, a été de l’autre côté des Alpes pour faire signer Javier Pastore et son coéquipier Salvatore Sirigu, tous deux venus de Palerme. Amis dans la vie, parfois en difficulté sur le terrain, ils ont traversé ensemble une salve de hauts et de bas et ont entretenu avec le public parisien, une relation souvent compliquée mais toujours sincère.

Recruté contre seulement 3,5 millions d’euros, Sirigu avait alors rejoint le PSG avec l’envie de concurrencer un Nicolas Douchez arrivé quatre petites semaines avant lui. Mission très vite réussie pour le portier italien, qui a profité d’une blessure du Français dès le mois d’aout pour débuter en Ligue 1 et convaincre qu’il serait bien le nouveau gardien de l’arrière garde parisienne. La saison 2012 s’achève alors par un titre de dauphin, mais un joli bilan de 13 clean sheets en Ligue 1… Un meilleur résultat comptable que ses paires européens, puisque c’était mieux que les résultats en championnat de Casillas, Valdes, Neuer ou encore Cech.
Enfin reconnu, Sirigu s’envolera même pour l’Euro avec l’Italie, où Prandelli le désignera comme la doublure du grand Buffon. Bref, on peut dire beaucoup de choses de Salva, mais rares sont les gardiens qui ont fait aussi belle impression que lui dans les cages du PSG lors de leurs deux premières saisons.

De 2011 à 2015, il n’a jamais été délogé de sa place de titulaire, d’autant que le PSG ne semblait pas lui chercher de concurrent. Et puis, Sirigu a toujours eu les faveurs du public parisien (il suffisait d’entendre les « gougougougou » émanant des tribunes du Parc des Princes pour le comprendre). Sa facilité à communiquer en Français, son tempérament, sa bonhomie dans le vestiaire parisien et son amour du maillot Rouge et Bleu ont penché en sa faveur, d’autant que l’équipe parisienne raflait tout sur son passage.

Qu’il évolue avec le duo Silva – Alex, Silva –Luiz ou Silva – Marquinhos, le trentenaire a en tout cas su être à la hauteur des rêves de suprématies hexagonales du PSG, soulevant pas moins de 12 titres avec son club en 5 saisons.

Un été 2015 signe de changement

Mais pour Sirigu, la saison 2014-2015 a été un tournant dans l’aventure parisienne. Une saison mitigée durant laquelle il a multiplié les sorties hasardeuses, les relances imprécises et les contrôles ratés. Bref, un jeu au pied assez discutable, que beaucoup imputaient à un manque criant d’implication… Faute d’une réelle concurrence avec Douchez. L’impression, finalement, qu’on avait beau l’adorer, il fallait admettre que Sirigu ne progressait plus.

Protégé en Ligue 1 par une défense impériale, le portier a toujours été bon dans l’élite française, mais a surtout cessé d’évoluer au rythme des grands rendez-vous européens. Au terme de cette saison là, Sirigu avait d’ailleurs encaissé quasiment autant de buts (15) qu’il n’avait fait d’arrêts pendant la Ligue des champions (16). Et surtout, la rencontre décisive face au Barça, durant laquelle le gardien avait plus d’une fois dégagé dans les pieds des Catalans, avaient fini de prouver que Salvatore Sirigu n’avait pas le niveau de la Ligue des Champions. Une compétition qui galvanise pourtant les meilleurs du monde comme Cech, Courtois, Neuer ou Ter Stegen, son adversaire sur le terrain. « J’espère que Sirigu nous sortira un grand match », prévenait pourtant Laurent Blanc avant la rencontre.

L’arrivée de Trapp, et la fin de l’idylle

S’il a longtemps fait l’unanimité, Sirigu est finalement devenu peu à peu le maillon faible de l’équipe… Une équipe qui allait chercher du côté de l’Allemagne un Kévin Trapp encore inconnu, mais bien destiné à devenir le titulaire dans une équipe qui allait jouer plus haut. Laurent Blanc a d’ailleurs très vite misé sur le jeu au pied de l’Allemand, laissant l’ancien Palermitain à l’écart.

Un début de saison terrible pour l’Italien, qui se faisait évincer de l’équipe, et vivait des moments difficiles côté personnel. Il avait en effet perdu deux de ses fidèles amis dans les attentats qui ont frappé Paris en novembre 2015. « Je ne sais pas quels sont les mots pour parler de mon état d’esprit. Je sais que sûrement ça va être différent. Mais il n’y a rien à dire de plus. Ça me fait mal, comme à tout le monde. Ça me fait de la peine de voir Paris attaqué comme ça. Je me sens intégré, adopté. Voir cette ville comme ça, ça fait mal », confiait d’ailleurs Sirigu quelques jours après.

Une année aussi marquée par les propos humiliants de Serge Aurier, son coéquipier, en plein direct sur Périscope. Pour ne rien arranger de son mal-être.

Entré dans un bras de fer médiatique avec sa direction, le n°30 du PSG a finalement achevé une saison 2015 sur le banc de touche, cantonné à ne disputer que les miettes en match de Coupes. Compliqué à digérer, pour celui qui avait conquis le Parc des Princes de ses coups d’éclats.

« Salva, je le connais bien. C’est une situation compliqué, nous-mêmes ne savons pas bien ce qu’il se passe ou ce qu’il s’est passé avec le club. On a l’impression que c’est lui le plus indiqué pour dire ce qu’il se passe et comment résoudre le problème. On est triste pour lui », révélait Thiago Motta.

Une saison durant laquelle il n’aura pourtant qui n’aura encaissé que quatre buts en onze matchs disputés toutes compétitions confondues, sans que jamais Blanc ne le laisse concurrencer l’Allemand. En effet, il n’a finalement connu que deux titularisations seulement en 38 journées de Ligue 1. Assez pour qu’il attende le lendemain du dernier match de la saison pour vider son sac.

Une triste fin, donc, pour celui qui a été chercher du temps de jeu du côté de Séville, puis d’Osasuna, sans grand succès. Revenu dans la capitale pour voir ses amis, discuter de son avenir, et négocier son départ vers le Torino, Sirigu est aussi venu pour dire au revoir à un club qu’il a vu grandir, un peu trop malgré lui.

En six années, le PSG a beaucoup changé, et Sirigu n’a pas su être au diapason des espoirs placés en ce club désormais scruté par le monde entier. Dommage, quand on sait qu’il a été l’un des rouages essentiels de cette équipe construite sur des bases fragiles, et qui l’a évincée de ses plans sans grand ménagement. Sirigu appartient à cette catégorie de joueurs très (trop) dociles, qui n’a pas su résister aux exigences sportives, marketing et financières d’une équipe starisée.

« Ma plus grande progression à Paris, c’est en tant qu’homme« , confiait le Sarde en 2014 dans les colonnes du Parisien, sans imaginer cette fin. Désormais, Sirigu ne semble plus appartenir à l’élite des grands portiers européens, mais il faudra lui reconnaître ses qualités, au moins humaines. Un état d’esprit irréprochable, un respect de l’institution et surtout, une mise à l’écart frustrante pour celui qui a fait les grandes heures d’un PSG redoré à coups de stars. Quoi qu’il arrive, Sirigu demeurera comme l’un des maillons inoubliables de la reconstruction du Paris Saint-Germain.

À propos Ambre Godillon

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