Matuidi

Après six belles années au PSG, Blaise Matuidi tourne une page de son histoire

Mercredi, Blaise Matuidi a débarqué à Turin, le sourire léger et le coeur gros. Avec une écharpe de la Juventus autour du cou, la photo avait quelque chose de triste, parce qu’elle incarnait tout le renoncement d’un homme qui a toujours aimé profondément Paris.

Deux ans. Deux ans déjà que dans la capitale, Blaise Matuidi essuyait les critiques, les remises en causes, et alimentent tous les débats. Deux ans qu’il était sujet au départ, de l’Angleterre à l’Italie, que beaucoup pensaient qu’il allait s’essouffler. A tort. Et parce que finalement, le coeur a ses raisons que la raison sportive ignore, Matuidi avait systématiquement décidé de rester dans une équipe qui semblait s’éloigner de lui, de son jeu, de ses priorités.

Et voilà qu’enfin, le joueur a décidé de renoncer, de partir vers d’autres cieux transalpins. De se redonner un nouveau souffle à l’italienne.

Une année compliquée qui vient de s’achever

S’il a déjà 30 ans, le milieu de terrain du PSG n’a jamais vraiment manqué d’envie dans ce PSG. Mais la saison dernière a marqué le tournant d’une relation toujours fidèle entre le « Charo » et sa capitale. Plus vraiment titulaire indiscutable dans le 11 parisien pour la première fois depuis son arrivée, l’international français a souffert d’une concurrence accrue et rajeunie, où les profils hybrides ont pullulé.

Tantôt en milieu gauche ou milieu défensif, et parfois même envoyé au front en tant qu’ailier, Matuidi a pourtant démontré qu’il avait de nombreuses qualités à faire valoir et que l’une d’elles n’était pas négligeable dans ce PSG qui a tendance à jouer avec le frein : c’est la volonté. Car un peu à l’image de Cavani en attaque, quand Matuidi est au milieu de terrain, s’il ne réussit pas tout, il a au moins le mérite de toujours essayer, sans jamais s’apitoyer.

« C’est clair que nous avions besoin de joueurs pour faire du pressing. Et pour mettre la pression, je crois que Matuidi est possiblement le meilleur de l’équipe » Unai Emery, après Arsenal-PSG en novembre 2016

Matuidi n’est pas de la trempe de ces joueurs ultra-techniques qui dribblent trois défenseurs, il n’est pas non plus ce finisseur hors-norme qui effraie tous les gardiens ni ce tacleur fou. Et ses ratés sont parodiés comme jamais. Mais Matuidi est de ces joueurs qui n’ont de cesse de participer à la construction du jeu en proposant, en allant récupérer des ballons précieux, en projetant son équipe vers l’avant quand elle a tendance à se replier. Matuidi a du talent, de l’endurance et un volume de jeu incomparable. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si celui qu’on surnomme le « triple poumon » était régulièrement le joueur qui parcourt le plus de kilomètre dans son équipe pendant les matches. Parce qu’il « charbonne ». Voilà ce qui résume le mieux Matuidi aujourd’hui : un mec qui n’a pas la meilleure technique, qui se bat comme un guerrier sur le terrain.

Alors la saison dernière, entre l’éclosion d’Adrien Rabiot, l’arrivée sur la pointe des pieds de Nkunku et le désir d’Emery de faire évoluer son équipe dans un 4-2-3-1 qui remet en cause son rôle dans l’entre-jeu parisien, Matuidi a certainement senti le vent tourner.

« Il y a eu des discussions, un intérêt. Au retour de l’Euro, il y a aussi eu des discussions entre mon agent et le club. Je voulais savoir la situation du coach vu qu’il avait changé au PSG. Une fois que j’ai discuté avec lui, c’était assez clair. Honnêtement, j’ai hésité à un moment donné mais je suis très heureux aujourd’hui au PSG », expliquait d’ailleurs le joueur à beIN Sports en février 2017.

Retenu par la direction du PSG et le coach basque, qui n’ont eu de cesse de réaffirmer l’importance du joueur dans l’équipe, Matuidi est donc finalement resté après ce premier transfert avorté à la Juventus. Pour vivre une saison ponctuée de haut et de bas, mais dans laquelle il a toujours été combatif et respectueux du maillot rouge et bleu, qu’il soit sur le banc de touche ou sur le terrain.

Mais les choses ont doucement changé, dans l’esprit d’Unai Emery, et cela s’est ressenti au terme de la saison. D’ailleurs, il n’a été titularisé que sur un seul (face à l’OM) des six derniers matches de Ligue 1 du PSG (OL, Lorient, Nancy, Toulouse et Bordeaux) en 2016-2017, et sa non titularisation en finale de Coupe de la Ligue, symptomatique de cette remise en question, aura au moins eu le mérite de soulever beaucoup de questions. Pour les trois premiers matches de la saison parisienne, Matuidi n’a d’ailleurs disputé que 45 petites minutes de jeu au total sur ses trois apparitions… Signe que le vent avait aussi tourné dans l’esprit d’Emery.

« C’est dommage pour le PSG, parce que Blaise a toujours donné le maximum. Il était amoureux de ce club. Il aurait préféré continuer l’aventure à Paris. Il a eu un choix difficile. C’est quelqu’un qui a besoin de jouer énormément pour se sentir bien et être performant », confiait Sylvain Armand cette semaine au Parisien. 

La question était donc aussi logique que la réponse : Matuidi était-il encore fait pour ce PSG ? Dans ce PSG qui se rêve de suprématie européenne, il était légitime de s’interroger sur la place du n°14 dans cet effectif. Car s’il est sans aucun doute l’un des meilleurs de l’Hexagone à son poste, avait-t-il les armes techniques pour s’aligner sur le niveau des plus grands du continent, d’Iniesta à Modric ? Force est de constater que bien souvent, Matuidi ne semble plus coller au standing imposé par ce PSG aux ambitions débordantes, et par le niveau global qui se doit de monter en gamme.

« Beaucoup voudraient mettre les onze plus talentueux sur le terrain. Mais ce ne sont pas onze mecs talentueux qui font l’équipe. Il faut aussi prendre en compte l’idée de complémentarité, d’utilité, de leadership, que les personnes extérieures au groupe ne voient pas. Quand Blaise est arrivé à Paris, mes amis devenus aujourd’hui consultants me disaient qu’il ne jouerait pas. Je leur ai répondu : « Que ce soit Laurent Blanc, Carlo Ancelotti, José Mourinho ou n’importe qui, ce sera le premier nom inscrit sur la feuille. » Pourquoi ? Parce qu’il existe des bases stratégiques : quand tu as Matuidi dans ton équipe, il y a des résultats. Tu as des joueurs qui te font gagner des matchs, mais aussi des joueurs qui t’évitent la défaite. Blaise fait partie de la deuxième catégorie. Et ça, c’est dur à remarquer », analysait Jean-Marc Furlan, qui a l’a entraîné à Troyes de 2004 à 2007, dans les colonnes de So Foot en mars 2017.

D’autant plus qu’à Paris, Blaise Matuidi faisait partie des joueurs les mieux payés de l’effectif avec un salaire avoisinant les 9 millions d’euros par an. Mais à un an de la fin de son contrat, il était temps pour le PSG de tourner cette page, et d’en tirer quelques bénéfices.

Une page dans l’histoire du PSG

Matuidi n’est pas n’importe qui. Ambassadeur de l’Equipe de France dans le club, solide capitaine quand il le faut, homme de vestiaire, il a été l’un des piliers du club depuis son arrivée dans la capitale il y a six ans. Une ancienneté qui faisait d’ailleurs de lui le joueur le plus ancien de l’effectif parisien. Comme la première pierre de l’ère Qatari.

Oui, Matuidi sera inoubliable. Parce que c’est un joueur attachant, tenace et qui a toujours été irréprochable, sur le terrain comme en dehors. Il s’est accroché à tout ce qu’on lui donnait, laissant filer ses camarades Armand et Sakho, traversant les turbulences et les gloires éphémères, côtoyant Ibra ou Beckham, comme l’ultime résistant tricolore dans ce PSG rebaptisé année après année aux couleurs du globe. Parce qu’il a su pleurer ou hurler, admettre ses défaillances et minimiser ses exploits. Parce que l’opinion publique a souvent pris sa maladresse en prétexte pour banaliser ses grandes performances et son abnégation de tous les instants. Et ce, même s’il est loin d’être toujours au rendez-vous.

Matuidi, ça a été des gestes impossibles à reproduire, des mimiques étranges et une manière de se désarticuler qui l’éloigne de tous les standards. Une célébration vivante et un sourire de tous les instants. Une manière d’intégrer les jeunes et de se faire apprécier des stars. Une relation toujours parfaite avec les supporters, et jamais un mot plus haut que l’autre. C’est une humilité de tous les instants, et une volonté de gagner qui a offert au PSG et à son public ses plus belles heures.

Alors si on ne peut qu’avoir très peu de doute sur le fait que Matuidi réussira à briller en Italie, on en a aussi très peu sur le fait qu’à coup sûr, Matuidi laisserait quelques regrets dans la capitale. 

À propos Ambre Godillon

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