#BP : “L’enfant admiratif que j’étais te dit au revoir Fuoriclasse” par Jesse Jacob

Sur Canal Supporters s’expriment des « Blogueurs Parisiens » (#BP), les CSiens, comme Jesse Jacob. Il nous parle de Javier Pastore.

La haut, tout là haut, parmi les étoiles, le PSG brille enfin, en ce soir du printemps 2013. Le 10 avril de cette année, le club de la capitale joue un quart de final contre le Barça de Messi, de Xavi, et d’Iniesta. C’était une nuit très calme, bizarrement, pleine de tension, jusqu’à ce qu’un une-deux, et qu’une frappe limpide du gauche viennent, enfin, nous éclairer et nous donner l’un des plus grands moments de frissons de la jeune histoire de notre club.

L’Homme derrière le but, a les cheveux longs, un peu gras, dressés contre son crane ; il a un maillot légèrement trop grand pour lui et une démarche, malgré tout, élégante ; cette homme c’est Javier Pastore.

6 Août 2011, c’est enfin officiel, le prodige de Palerme, qu’on disait destiné à jouer au Barça, destiné à rejoindre les nouveaux galactiques du Réal Madrid, nous rejoint. Nous. Le club sauvé, quelques années plus tôt par Amara Diané un soir d’enfer à Sochaux.
Mon histoire d’amour avec Pastore est complexe, et commence probablement ce jour là. Ce jour là, les années de souffrance, de stagnation et de frustration semblent enfin terminées. Le Paris Saint-Germain, semble enfin retrouver un semblant de gloire, un semblant de cette superbe perdue depuis la fin des années 90 et l’arrivée du funeste Colony Capital. La signature de Pastore signifie même plus que cela ; lui, le sublime numero 10, acclamé à Palerme, cible de la grande bourgeoisie européenne cet été là, est Le premier grand joueur, Le premier joueur important à nous rejoindre, il est celui qui en premier, prouvera à l’Europe que le PSG pouvait être grand, et que le PSG le sera. Débarqué depuis Le cercle fermé Des grands joueurs, Des joueurs stars ; comme un prophète, il était sensé nous rapporter ce qui se disait là haut, et nous guider vers les cieux et l’objectif suprême européen.

Dans cette histoire en désordre, avançons un peu. Apres avoir illuminé notre jeu en 2011, et nous avoir emmené, comme prévu, en coupe d’Europe. Le meneur de jeu argentin vit une début de saison difficile, et une période un peu plus complexe dans sa vie où la distance avec sa mère, malade, restée en argentine l’empêche de se concentrer sur son jeu. Il est prit à partie par le public du Parc, moqué par les supporters adverses et par les siens.
Dans toute romance, il y a des dates importantes, des moments importants. Hué, sifflé par certains, je n’avais envie que de l’applaudir, et que de le soutenir. Je ne sais vraiment d’où vient cet attachement si irrationnel pour un joueur, et cette hommage me sert aussi à cela, finalement, à trouver l’origine de ce lien, dans ces moments importants que je vous raconte. Je pense que l’histoire individuelle du Flaco s’écrit finalement autant dans ses heures de gloire que dans ces échecs car c’est, finalement, pris à parti, que Javier devint un joueur à part, car c’est au cœur des discussions, au cœur des débats, que Pastore déchaîna les passions, et déchaîna ma passion pour lui.

Dans un monde du football qui se déshumanise et où l’exigence du haut niveau font des grands joueurs des machines, Javier Pastore se démarque par son humanité. Son corps maltraité par des blessures à répétitions, son esprit traversé par ses états d’âme, par une solitude qui l’enfoncera, souvent, au cours de son passage dans notre club. Y a-t-il dans le football de haut niveau un joueur plus humain que Pastore ? Y a-t-il de la place pour un joueur comme ça ? Peut être pas et c’est peut être une bonne nouvelle car c’est son originalité, sa différence qui font de lui un joueur unique, et si précieux pour les supporters parisiens.

Avançons un peu. Bien entendu, cet hommage se veut collectif, et bien que mes sentiments vous rappelleront peut-être les vôtres, il est temps de parler de ce qui nous unira probablement tous, même ses détracteurs. Le jeu. Le jeu si formidable de Pastore, qui d’une passe peut bousculer un match, qui d’un passement de jambes, d’un petit pont peut faire lever les foules. Peu de joueurs sur la planète foot peuvent changer un match tout seul, peu de joueurs en ont la qualité ou le talent. Le privilège, probablement, d’être formé comme un numéro 10, d’incarner le jeu entier d’une équipe. Le privilège et la lourde charge d’être un des derniers de son espèce, aussi, dans un football qui les a presque vu tous prendre leur retraite, de Zidane, à Riquelme en passant par Ronaldinho. Pastore incarne probablement une idée du foot un peu désuète, voir déjà morte. Pastore est anachronique, hors du temps, et c’est peut être pour cela qu’il restera dans l’histoire du PSG.

Vous devinez ma tristesse aujourd’hui. Un sentiment très vague où se mêle, de la tristesse et une impression d’inéluctabilité, comme si il était écrit que l’histoire devait se terminer, presque comme si l’histoire aurait dû se terminer plus tôt et qu’on avait réussit à gagner un peu de temps, et que ce répit arrivait fatalement à sa fin.

Bien entendu, à la lecture de mon texte, vous pourriez, légitimement, être surpris par ce qui pourrait être vu comme un manque d’émotion. Laissez moi vous expliquer. Bien entendu, j’ai fais preuve d’emphase dans mon témoignage ; bien entendu, vous pourriez estimer que j’exagère peut être un peu et vous auriez peut être raison mais l’hommage que je rends à Pastore, est aussi l’hommage de l’enfant que j’étais quand il a signé, de l’enfant qui tremblait devant le Barça-PSG de 2013, des étoiles pleins les yeux. J’avais 12 ans quand il a signé et j’en ai 19 aujourd’hui ; comme le PSG, j’étais petit quand il est arrivé, et comme le PSG aujourd’hui, je suis grand, quand il repart. Avant de conclure, revenons-en à la question principale de ce billet : Pourquoi cet attachement ? Afin d’y répondre, permettez moi d’en ajouter une autre : Pourquoi cette tristesse ? Il existe des choses bien plus importantes dans la vie que le football, des choses qui méritent bien plus ma tristesse, et notre tristesse. Pourquoi s’attacher autant à des “millionnaires courant derrière un ballon” ? Pastore fait partie de la réponse, et c’est peut être la réponse. Pastore incarne ce qui fait lever les foules partout dans le monde, il incarne ce pourquoi les gens aiment le football, autant par son talent de footballeur, par son élégance, et sa joie sincère et enfantine à jouer, que par sa personnalité et son profil hors-norme, par ses forces et ses faiblesses qui font de lui l’un des meilleurs et des derniers humains à jouer au football sur la planète.

J’aurais pu conclure cet hommage en prolongeant la métaphore de la relation amoureuse, en vous disant que les plus belles romances ont une fin, une date fatidique où tout s’arrête, où les regrets, et la frustration emportent tout sur leurs passages, où le manque est le seul lien qui nous reste de l’être disparu… mais ce n’est pas complètement vrai n’est ce pas ? Autant dans les relations amoureuses qu’ici, il ne reste pas en nous que des sentiments obscures et de la peine, il reste aussi en nous le souvenir de moments d’euphories, et de passion, qui font que l’histoire d’amour ne se termine jamais vraiment, comme l’histoire d’amour qui nous liera toujours avec Javier Pastore.

L’enfant admiratif que j’étais te dit au revoir Fuoriclasse…

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