Nak et Leo

Édito – Un été de transition pour lancer un nouveau cycle au PSG

Le marché des transferts a donc fermé ses portes il y a près d’une semaine. Pour le Paris Saint-Germain, cette période fut synonyme de tournant avec, comme point d’orgue, le retour aux affaires de Leonardo en tant que patron de la direction sportive du club. Un retour salué par les supporters parisiens, bien évidemment. Mais alors, le mercato a-t-il été réussi ? Qu’est ce que Leonardo va concrètement apporter au projet du club ? Survolons ensemble ces trois mois plutôt mouvementés, et même un peu plus...

Leonardo in, Henrique out

Une fois encore, le Paris Saint-Germain ne parvenait pas à passer les huitièmes de finale de la Ligue des Champions en mars dernier. Pourtant vainqueur 0-2 à l’aller sur les terres mancuniennes, les Parisiens passaient totalement au travers du match retour devant leur public du Parc des Princes. De fait, les trois derniers mois clôturant l’exercice 2018-2019 se déroulèrent dans une torpeur plus que pesante. Si fringants avant le 6 mars, Thomas Tuchel et ses hommes se délitèrent suite à cette rencontre pour le moins ubuesque. Une véritable rupture qui, même à l’heure actuelle, a énormément de mal à se résorber.

Après l’invraisemblable au Camp Nou qui s’était déroulé le 8 mars 2017, le Paris Saint-Germain avait apporté une réponse plutôt fracassante : l’été suivant, Kylian Mbappé et Neymar Jr ralliaient la capitale française pour une somme cumulée absolument ahurissante. Le PSG frappait donc extrêmement fort afin d’insuffler un nouvel élan à son projet sportif et économique. Deux ans plus tard, l’innommable est de nouveau tombé sur la tête des fans franciliens. Comme il y a deux ans, le club a réagi en conséquence. Et cette fois-ci, il semblerait que la méthode soit plus en adéquation avec les besoins immédiats du Paris Saint-Germain.  Avant de penser à renforcer l’effectif, une véritable priorité entendons-nous bien, les décideurs rouge et bleu choisirent de renforcer le poids de l’institution. L’institution, un mot employé à tout va depuis plusieurs années afin de critiquer, souvent à juste titre, les errances que connut Paris. Et donc, après nombre de rumeurs que les supporters n’eurent pas la force de croire, le Paris Saint-Germain annonçait finalement, le 13 juin dernier, le départ d’Antero Henrique de son poste de directeur sportif. Un jour plus tard, vendredi 14 juin en début de soirée, Leonardo était intronisé à la tête de la stratégie sportive du Paris Saint-Germain. Par la suite, Nasser Al-Khelaïfi, président parisien, offrait une interview extrêmement surprenante à France Football. Surprenante car le dirigeant qatari ne nous avait jamais habitués à une telle prise de parole.

En substance, Al-Khelaïfi, par le biais de mots extrêmement forts, a replacé le PSG au cœur de tout. Il l’a dit clairement : il ne veut plus de comportements de stars. En outre, il confirme délester les pleins pouvoirs à son homme de confiance en la personne de Leonardo. Moins présent, plus occupé, Al-Khelaïfi est lui obligé de prendre un peu de recul avec sa fonction de président du club. Il délaisse donc l’aspect médiatique à Leonardo. Une “tare” qui est loin de déplaire à Leonardo, lui qui excelle face aux médias. Tout le monde était donc prévenu : le PSG, en offrant pour la seconde fois les clés du camion au décideur auriverde, est enfin représenté à la direction sportive par un homme fort. Un homme qui connait son affaire sur le bout des doigts et qui se tient garant de l’institution du club.

Neymar, le dossier parfaitement géré

Autre prise de parole qui a fait énormément réagir, celle de ce même Leonardo dans les colonnes du Parisien. Là encore, le ton était donné. Car Leonardo le tonne haut et fort : les joueurs ne font pas un privilège au PSG en portant ses couleurs. Non, la tendance doit être inversée. Leo ne veut que des éléments voulant s’inscrire dans le projet du club. Et pour ce qui est de Neymar Jr ? Forcément, le Brésilien formé à Santos a des envies d’ailleurs. Déçu du traitement médiatique qui lui a été réservé, pas convaincu par l’amour des supporters parisiens, et surtout certain qu’il est maudit à Paris, le Ney veut plier bagages. Pire pour le PSG, son souhait est de faire un invraisemblable retour en Catalogne… Là encore, Leonardo se montre très clair à ce sujet en affirmant que la porte pour le départ de Neymar était ouverte si, et seulement si, le Paris Saint-Germain s’y retrouvait financièrement. Or, force est de constater que tout au long des trois mois qu’a duré le mercato, Neymar n’a, au final, jamais été proche de quitter la capitale française. Droit dans ses bottes et volubile au moment opportun, le directeur sportif francilien a mené ce dossier et les négociations avec le FC Barcelone d’une main experte.

Dans cette histoire, jamais le Paris Saint-Germain n’a été mis sous pression. Le mercato étant d’ores et déjà bien avancé alors que commençait le mois d’août, Paris n’a pas flanché. Aujourd’hui, le constat est extrêmement facile à faire et il se présente à l’avantage du club de la capitale, non à celui de Neymar : si l’attaquant de 27 ans rouge et bleu veut relancer une carrière qui a pris du plomb dans l’aile, il va devoir se bouger et endosser de nouveau son costume de leader du club.

Un mercato sous forme de recommencement ?

On ne peut pas dire que le passage d’Antero Henrique restera dans les annales du club, loin s’en faut. Pire, le décideur portugais est aujourd’hui pointé du doigt voire moqué pour ses supposées incompétences. Cependant, incriminer l’ancien directeur sportif de Porto de la sorte reste un procédé assez malhonnête : en effet, même s’il faut bien reconnaitre qu’il n’a jamais su faire évoluer l’effectif du PSG dans le bon sens, Antero Henrique n’a jamais eu le profil que possède, par exemple, un Leonardo. Bien au contraire, Henrique est plus un homme de l’ombre. Un “boucleur de dossier”, quelqu’un qui ne parle quasiment jamais. Et c’est exactement pour cela qu’il a été choisi par le board rouge et bleu. Il y a encore peu de temps, Nasser Al-Khelaïfi avait un poids bien plus important au sein du club. Maintenant, outre cela, il faut bien avouer que les dernières fenêtres des transferts n’ont pas du tout été des réussites. Depuis que Leonardo a quitté le club en 2013 en fait.

Tout cela pour dire que si on observe le mercato parisien d’un peu plus près, on se rend compte qu’une grande partie a d’abord été réalisée par Antero Henrique. Que ce soit les dossiers Pablo Sarabia ou Ander Herrera, c’est lui qui les a initiés. Leonardo a eu, bien entendu, le mérite de les finaliser. Idem pour Mitchell Bakker et Marcin Bulka, même si ce sont des joueurs bien moins confirmés et qu’ils sont d’abord des paris sur l’avenir. Ce constat était primordial à faire car il y a un détail qu’on ne peut absolument pas occulter dans ce genre de situation : un marché des transferts ne se prépare pas en une semaine. Le Paris Saint-Germain a pris la décision, extrêmement risquée, de changer de directeur sportif au moment même où le mercato ouvrait ses portes. Dès lors, une chose a paru couler de source : le PSG, avec le retour de Leonardo, démarre un nouveau cycle. Un cycle qui va se mettre en place petit à petit.

Car oui, le Paris Saint-Germain a commis de nombreuses erreurs depuis que le club est passé sous pavillon qatari. Lorsqu’on observe l’entretien de Leonardo offert au Parisien en juillet, un mot saute aux yeux : sérénité. Le Brésilien brandit ce mot à plusieurs reprises. Le PSG a besoin de sérénité. Le PSG a besoin de repartir sur des bases solides. Lorsque vous voulez construire un édifice, le mieux est d’abord de s’atteler aux fondations de cette édifice et cela, le Paris Saint-Germain ne l’a pas toujours compris. L’une des premières grosses erreurs du club a été d’ériger la Ligue des Champions comme objectif absolu. Or, ce n’est pas la bonne façon de faire. Si l’objectif sous-jacent de tout mastodonte est bien évidemment la Ligue des Champions, l’objectif émergent, celui affiché doit simplement être de bien travailler et de tout gagner. La Coupe aux Grandes Oreilles se glane difficilement, il est vrai, mais elle tombe dans l’escarcelle de celui qui la mérite. Elle doit être la conséquence, non le but.

Et ça, Leonardo l’a parfaitement compris. Bien sûr que l’effectif actuel possède clairement des manques, en premier lieu au poste de latéral. Maintenant, les mauvais choix des années précédentes ne peuvent pas être résorbés en un été. Le constat que l’on peut néanmoins faire c’est que, notamment au niveau financier, le Paris Saint-Germain s’en est particulièrement bien sorti. Avec un exode massive des titis, forcé car l’équipe réserve du club n’est plus, Paris a engrangé pas mal de liquidités. Des jeunes qui n’ont pas forcément leur place au club et qui sont, à l’inverse de certains indésirables, bien plus bancables sur le marché. Pour le reste, Leonardo a su conclure la période des transferts avec deux superbes coup en faisant signer Mauro Icardi et Keylor Navas. Pour le dernier cité, notons que son arrivée était déjà plutôt proche lorsque Henrique était en place mais que c’est Leonardo qui avait ralenti les négociations, au même titre que pour Matthijs De Ligt. Deux valeurs ajoutées énormes pour le collectif qui a donc été largement renforcé en qualité et en quantité, et notamment au milieu de terrain. Déjà tout proche de rallier Paris cet hiver, Idrissa Gueye a finalement rejoint le PSG cet été. Pour 30 millions d’euros, somme tout à fait acceptable au vu de ce que le Sénégalais a prouvé en Premier League sous la tunique d’Everton. Sinon, c’est Abdou Diallo qui est venu agrémenter la défense parisienne. Ce dernier était un désir de Thomas Tuchel, qui la connu lorsqu’il était à la tête du Borussia Dortmund. En adéquation avec son entraîneur sur le profil du gaucher formé à Monaco, Leonardo a donc conclu ce dossier pour 32 millions d’euros. Il faut bien l’admettre, sur le papier, le Paris Saint-Germain possède une armada extrêmement intéressante, même si les latéraux pèchent quelque peu. Il reste cependant le mercato hivernal : si des opportunités à ce poste se présentent, on imagine bien Leonardo en profiter.

Merci à ceux qui auront eu le courage de lire ce papier fleuve jusqu’au bout. À tout de suite dans les commentaires afin de débattre avec passion, et respect, bien évidemment.

À propos Mickaël Rufet