#BP : “France 98 ou le cadeau empoisonné au football français…” par Juampi

Nous vous proposons depuis plusieurs semaines d’être un « Blogueur Parisien » (lire ici), Daniel alias Juampi nous propose un nouveau billet.

Encore une victoire en marchant, encore un accessit pour le Stade de France pour lequel le PSG n’aura pas eu à forcer son talent.

Des voix s’élèvent encore un peu plus haute qu’à l’habitude pour dénoncer un football français qui aurait abdiqué face au PSG. Un football français qui devra se contenter des miettes laissées ici ou là par la machine parisienne… Dès lors, comme le dit Daniel Riolo à juste titre sur RMC la côte de popularité du PSG va encore diminuer aux yeux des français pour des raisons aussi évidentes que contestables. Le PSG va aussi logiquement pâtir de ce manque de compétitivité nationale à l’heure d’affronter les meilleurs clubs du monde en C1. Par contre là où le journaliste s’égare un peu c’est lorsqu’il déclare, comme repris hier sur Canal Supporters, « qu’il y a une grosse réflexion à mener chez les dirigeants du PSG. Cette affaire prend un mauvais pli. »

Cette idée que le PSG devrait justifier l’écart qu’il créé avec ses adversaires français, de devoir prendre à sa charge les résolutions des problèmes de dizaines et de dizaines d’années d’un football hexagonale se complaisant à s’auto-proclamer championnat majeur et n’ayant en même temps que pour fait d’armes deux coupes d’Europe au niveau de ses clubs est pour le moins insupportable.

Ce matin, le PSG compte 28 points d’avance sur son dauphin monégasque. 28 points sur un club qui comme tous les autres du championnat n’ont eu à croiser le fer en championnat avec le PSG qu’à deux reprises avec donc seulement 6 points en jeu. Un rapide raisonnement mathématique permet aisément de comprendre que si le PSG est le principal acteur de son succès, il n’est en revanche aucunement responsable de l’écart avec ses concurrents… Ces derniers n’ayant nullement besoin du PSG pour être ridicules en championnat ou en coupes d’Europe… Dès lors, le PSG  se doit seulement une réflexion lui permettant de grandir sur le plan européen et non sur l’ensemble du niveau du football français… L’hégémonie du Bayern en Bundesliga ou du duo Real/Barça en Liga n’a jamais par exemple empêché les autres clubs de ses championnats de briller sur la scène continentale… Des instances telles que la LFP ou la FFF existent pour palier à ce manque de compétitivité. Le PSG peut bien sûr en tant que locomotive apporter son aide mais n’a nullement vocation à supporter seul les dérives d’un football dépassé…

Comment expliquer cette faiblesse du championnat de France et plus globalement du football français ? Tout d’abord, et ce n’est pas une injure de le dire, la France n’a jamais vraiment été un pays de foot au contraire de l’Espagne de l’Angleterre ou encore de l’Italie. L’intérêt des Français pour ce sport a fluctué au rythme des exploits des Rémois, Stéphanois ou autres Marseillais sur la scène européenne  ou encore grâce à des générations exceptionnelles en équipe de France comme la bande à Platini avec pour apogée l’Euro 84 ou encore celle de Zidane avec la coupe du monde 98 et l’Euro 2000.

Quelle fierté pour nous français que cette double victoire en Coupe du monde et à l’Euro ! Enfin le football français éternel Poulidor avait connu son heure de gloire ! Le monde entier nous enviait nos joueurs pendant que notre puissant voisin allemand se convaincu de prendre pour modèle « la formation à la française ». La France avait enfin trouvé ses héros et Aimé Jacquet serait à tout jamais porté au Panthéon des techniciens français…

Qui se rappelle cependant aujourd’hui de la période entre l’euro 96 et le début de la coupe du monde pendant laquelle pas une Une de l’Equipe ne dézinguait  Jacquet et ses choix ? Qui se rappelle après coup de la manière dont l’équipe de France a remporté cette compétition et à quel point ce succès n’a parfois tenu qu’à un fil ? Ce double succès sur lequel repose la légitimité aujourd’hui de nombreux consultants ou membres de fédérations ne serait-il pas finalement lié à la présence dans le groupe France de joueurs exceptionnelles comme Zidane ou Djorkaeff plutôt qu’à un réel travail en amont du football français et de ses composantes ? Le déclin de l’équipe nationale amorcé en 2002 ne coïnciderait pas finalement au vieillissement de ce groupe de joueurs exceptionnels ? Plus qu’un déclin et en suivant l’historique de l’équipe de France en compétitions ne serait-on pas tout simplement revenu à nos standards de performance habituels ?

Pour étayer cet argumentaire rappelons que durant cet âge d’or, les équipes du championnat de France n’ont gagné aucune coupe d’Europe. Pas étonnant lorsqu’on sait qu’à l’époque les trois quarts des membres de l’équipe de France jouaient à l’étranger, ce qui pour boucler la boucle revient à conclure que nos cadres de l’époque ont été formatés à la gagne non pas en France mais dans les meilleurs clubs européens de l’époque (Juventus, Inter, Real Madrid ou Parme)…

Or, presque deux décennies après ce succès, le lobby France 98 fait référence de sommité en ce qui concerne l’approche «  journalisto-tactique » du football français. Dugarry, Leboeuf ou Lizarazu trustent les émissions phares, tandis que Blanc entraîne la meilleure équipe française et Deschamps est sélectionneur de l’équipe de France… En somme un véritable plébiscite ! Saupoudré le tout d’une FFF et d’une DTN qui ne bouge pas d’un iota et vous obtiendrez le cocktail détonant du football français qui c’est le cas de le dire ne brille pas vraiment par son succès. Les classements FIFA des nations et UEFA des championnats nous le rappellent tous les jours…

Avec le recul, cette victoire de France 98 n’est-elle pas plus un mal qu’un bien pour le football français ? Ce succès ne nous a-t-il pas plus aveuglé qu’autre chose en nous empêchant de faire les changements en profondeur qui s’imposaient et que d’autres comme les Allemands ont fait à un moment ou à un autre (comme dit précédemment, le modèle de formation renouvelé, des stades ultra-modernes pour dégager de nouveaux profits, des philosophies de jeu plus ambitieuse et des modèles économico-sportifs des clubs plus novateur)?

Leonardo lors de sa période de Directeur sportif pointa du doigt les grands manques et les failles du football français, de l’amateurisme des arbitres aux entraîneurs frileux en passant par le mode de fonctionnement obsolète  des clubs. Le corporatisme français lui répondra en faisant par exemple le procès tactique d’Ancelotti au Canal Football Club ou en nommant Galtier co-meilleur entraîneur de Ligue 1 par la grâce de votants plus occupés à se plaindre des moyens du PSG que de savourer la lumière que peut apporter sur la L1 une équipe avec de telles ambitions. Dès lors, le pâle spectacle des demi-finales de Coupe de France ne serait-il pas le fruit d’une idéologie ancrée maintenant depuis plusieurs années ? Un club qui reçoit le champion en titre pour une demi-finale de coupe de France et qui opte pour une tactique ultra-défensive ne serait-ce pas là un héritage des préceptes de Jacquet ? Chacun se fera son avis…

Au fur et à mesure de l’immobilisme des instances et des décideurs du football français, les résultats des clubs et de l’équipe nationale se dégradent. Une remise en question est semble-t-il enfin en train de pointer le bout de son nez avec l’instauration de barrages pour l’accessit en L1 et le début de la professionnalisation des arbitres… Espérons cependant que ce début de changement ne sera pas tué dans l’œuf si par chance l’Equipe de France nous offre cet été  une victoire à l’Euro plus porté par le peuple que par un réel projet de jeu.

Pour finir je dédierai quelques mots à Aimé Jacquet, ce sélectionneur s’en étant pris plein la poire mais qui a eu le mérite de réaliser au final ce qu’on a attendu de lui : remporter SA coupe du monde sur SES terres. Son  deuxième grand mérite a été d’arrêté sur son succès et de laisser aux autres sa place sur le banc de touche. Peut-être était-t-il fatigué de tout ce tapage médiatique ? Certainement… Mais aussi était-il conscient de sa génération de joueurs exceptionnels et faisant office plus tard d’arbres cachant l’immensité du travail à accomplir pour débroussailler la forêt…

Daniel alias Juampi

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