
Luis Campos : « Avec l’expérience, j’ai créé ma propre philosophie de travail. J’ai développé un super système de scouting »
Conseiller sportif du PSG depuis 2022, Luis Campos a donné des détails sur son système de scouting pour construire une équipe qui répond aux attentes du club.
Doté une grande expérience dans le monde du football, Luis Campos est reconnu pour dénicher des talents aux quatre coins du monde. Durant sa longue carrière dans le monde du football, le dirigeant portugais est parvenu à mettre en place un système de scouting qui répond aux besoins du club et du coach. Dans un long entretien accordé à TF1, dont la première partie a été dévoilée ce mardi, le dirigeant parisien a dévoilé ses méthodes. Extraits choisis.
Sa première expérience dans le monde professionnel
« J’ai grandi avec l’idée que je ne deviendrai pas footballeur, mais il fallait que le football fasse partie de ma vie. À la faculté, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui se sont révélées être plus tard très importantes dans l’évolution de la science de l’entraînement, en développant des méthodologies nouvelles. Le football n’est pas une science, c’est un jeu. Mais l’entraînement est une science. En 1988-1989, j’ai commencé mon aventure en tant que préparateur athlétique au Sporting Clube Espinho avec Carlos Garcia, à qui je dois beaucoup. Il m’a invité à intégrer son staff technique. Je ne gagnais pas énormément d’argent, on m’avait prêté une voiture diesel pour pouvoir faire beaucoup de kilomètres. Mais je m’en sortais et j’aimais ce que je faisais, ce qui était déjà beaucoup. »
Ses différents rôles occupés dans sa carrière (adjoint, entraîneur, observateur, recruteur, consultant et conseiller sportif)
« On comprend et on ressent mieux les choses. On appelle ça l’expérience. En quasiment quarante ans dans le football, j’ai toujours trouvé des clubs, des projets, même à des postes différents. Pas seulement dans le football de très haut niveau, mais aussi dans les petits clubs, des structures que l’on doit aider à grandir et où l’on rencontre beaucoup de difficultés. J’ai tiré de la résilience de toutes mes expériences, j’en suis ressorti à chaque fois plus fort. »
Comment fait-il pour flairer les bons coups
« Le scouting que j’ai connu était différent de celui d’aujourd’hui. On n’avait pas la vidéo ni tous les outils extraordinaires qui existent maintenant. On devait faire appel à notre instinct, à notre expérience. Il fallait décrypter et comprendre la personnalité du joueur. Par exemple, l’échauffement donne des indications importantes sur son caractère, sa concentration et son application. Le voir jouer en match permet aussi d’emmagasiner beaucoup d’informations : son langage corporel, sa façon de bouger sur le terrain, sa manière de jouer avec les autres, etc. Le plus difficile lorsqu’on fait du scouting, c’est de réussir à faire la projection de ce que l’on voit sur le terrain. On doit se demander si un joueur qu’on observe dans une situation précise s’adaptera dans le contexte qui est le nôtre. Ça exige non seulement de l’expérience mais aussi de la sensibilité. Je donne toujours cet exemple, j’ai des frères qui aiment beaucoup le foot. Quand je vais voir un match avec eux, il m’arrive de leur demander, selon eux, quel est le meilleur joueur sur le terrain. Ils me le désignent et c’est souvent très juste. Mais comprendre quel est le meilleur joueur sur le terrain pour mon équipe, ce n’est pas la même chose. Il faut déjà connaître très bien son équipe et son club. »
Avoir un coup d’avance, est-ce la méthode Luis Campos ?
« On continue dans le puzzle qui m’est si cher. Chaque joueur a un prix. Lorsqu’on construit une équipe, on ne doit pas dépasser un coût total. Sinon on va au-devant de graves problèmes, comme ça a été le cas à Monaco où il a fallu qu’on change tout le projet, un an seulement après l’avoir mis sur les rails. Avec l’expérience que j’ai pu accumuler, j’ai créé ma propre philosophie de travail, à laquelle je crois beaucoup. J’ai développé un super système de scouting. Il repose sur un principe simple : j’ai toujours sous la main des listes de 9 joueurs par poste avec 3 prix différents. Par exemple, vous avez une enveloppe de 40 millions d’euros pour recruter quatre joueurs. Si vous en dépensez 20 sur le poste où vous en avez le plus besoin, il ne vous reste plus que 20 millions pour faire le reste de votre mercato. Ça veut dire que, pour compléter le puzzle, il faut aller piocher dans une liste moins onéreuse. Mais encore faut-il en avoir une sous la main. Vous savez, je n’aime pas être surpris, j’anticipe beaucoup. L’anticipation est une de mes grandes forces. Ça fait partie de l’esprit du scouting. J’aime pouvoir répondre aux attentes de l’entraîneur avec qui je travaille. Je suis là pour l’écouter, comprendre le projet qu’il souhaite mettre en place et l’aider à trouver les bons joueurs. Lorsqu’on mène un projet, il est très important de réussir le mix entre l’économique, le sportif et l’opérationnel. Aujourd’hui, on a dans nos cuisines des machines qui font tout à manger. Vous pouvez avoir l’argent pour acheter les bons légumes, vous pouvez avoir les bons légumes mais il faut connaître la recette pour faire une bonne soupe. »
La deuxième partie de l’interview sera dévoilée ce jeudi 5 février et sera consacrée à son expérience à l’AS Monaco, sa première impression de Kylian Mbappé et la face méconnue de son métier.





