
Mauricio Pochettino a entraîné le PSG pendant un an et demi. Actuel sélectionneur des États-Unis, le coach argentin est revenu sur son passage sur le banc parisien.
Mauricio Pochettino a vécu deux expériences au PSG. Une en tant que joueur entre 2001 et 2003 (95 matches, six buts) puis en tant qu’entraîneur entre janvier 2021 et juillet 2022. Dans un long entretien accordé à L’Equipe, l’actuel sélectionneur des États-Unis est revenu sur son passage sur le banc du club de la capitale, qui aurait pu s’arrêter seulement six mois après son arrivée en remplacement de Thomas Tuchel.
Son passage sur le banc du PSG
« Paris est un bon souvenir. Peut-être que les gens l’oublient mais, quand on remet les choses en perspective, nous sommes arrivés en janvier avec le COVID, avec plusieurs joueurs blessés, une équipe troisième de la Ligue 1 : la situation ne répondait pas aux normes d’un staff technique qui débarque. Pourtant, on a éliminé Barcelone (4-1 à l’aller, 1-1 au retour), le Bayern Munich (3-2 puis 0-1) et atteint les demi-finales de la C1 contre Manchester City sans Mbappé au retour (1-2, 0-2). L’équipe a été transformée l’été suivant et nous avons bien joué ensuite. Il nous a juste manqué un petit coup de pouce du destin au Bernabeu en huitièmes retour (1-3). Au Parc, à l’aller, on avait battu le Real Madrid (1-0). Au retour, on a mené au score jusqu’à la 61e minute et cette faute de Benzema sur Donnarumma. Donc vous dites que l’approche du manager est vraiment mauvaise, c’est ça ? Son approche pendant quatre-vingt-dix minutes au Parc, contre les futurs champions, était mauvaise ? À Madrid, on mène 1-0 et un second but est refusé à Mbappé pour un hors-jeu limite. L’équipe jouait bien avant cette erreur arbitrale. Puis on recule et on perd. Je savais qu’au coup de sifflet final de ce huitième de finale, mon temps à Paris était fini. Je le savais parce qu’à Paris, l’objectif est de gagner la Ligue des champions. Pas la Ligue 1 ou la Coupe de France. Vous conviendrez aussi que le club se trouvait dans une situation politique complexe à cette époque. Et quand je dis ça, je parle politique sportive. Les supporters n’étaient pas contents, il y avait des manifestations, il y avait… Il y avait un manque de stabilité pour atteindre des objectifs importants comme remporter la Ligue des champions. Mais aujourd’hui, je suis content de constater qu’il a cette stabilité sportive qui permet une connexion entre toutes les composantes du club. »
Il aurait pu quitter le PSG au bout de six mois
« Quand cette saison de six mois s’est achevée, il y avait un peu de… Enfin, avec cette histoire de COVID, la situation au club, cela a créé une instabilité. Dans tous les domaines. Il y avait une période de changement, des situations inconfortables, des situations qui… (Il réfléchit à ses mots.) Qui ne donnaient pas l’impression qu’il était possible de travailler dans un environnement stable, comme il existe aujourd’hui. J’appréciais mon expérience au PSG. Mais j’avais d’autres options dont j’ai fait part au club qui a pris le parti de n’en écouter aucune. Est-il vrai qu’à la fin de vos six premiers mois à Paris, Tottenham vous a contacté pour revenir ? Pas seulement Tottenham. D’autres très grands clubs aussi. Il y avait aussi le Real Madrid ? (Il sourit.) Le PSG m’a dit qu’il avait un projet, à moyen et long terme. J’avais un contrat à respecter. C’était clair. »
Son sentiment après la victoire du PSG en Ligue des champions
« Beaucoup de bonheur. Je sais combien ce club a dû lutter. J’ai sans doute été l’un des premiers à féliciter notre président, Nasser (al-Khelaïfi), par message. J’entretiens une très belle relation avec lui. Pensez-vous que le PSG a enfin compris qu’il fallait confier le pouvoir au manager ? Il y a beaucoup de paramètres. Ce qui est sûr, c’est que j’ai vu un entraîneur et un directeur sportif qui étaient alignés. Luis Enrique et Luis Campos, en plus de Nasser, qui incarnent le club, ont affiché leur union. Le footballeur le ressent. Et quand il ressent que le président, l’actionnaire, le directeur sportif et l’entraîneur sont alignés, le bon chemin est tracé. »
Est-ce difficile de composer une équipe avec des stars ?
« Je crois que c’était possible. Si nous avions continué, je pense que nous aurions eu la possibilité de prendre certaines décisions tout en conservant les stars. Nous étions près du but. Que manquait-il ? Du temps. Leo, par exemple : je crois qu’il a été meilleur lors de sa seconde année parisienne. Lors de la première, il a eu besoin de s’adapter à un nouveau contexte. Il débarquait de Barcelone, l’année du COVID, ce fut difficile pour lui. Il l’a dit. Je pense que l’intention d’associer ces stars était bonne. J’insiste : le temps a manqué pour créer une structure d’équipe solide – ou différente – à travers ces trois grands piliers : Neymar, Mbappé, Messi. Si tu veux jouer avec ces trois attaquants, il faut réfléchir au système qui va les soutenir et leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes, à leur meilleur poste. Le problème, c’est qu’avec une structure potentiellement fragile, nous devions intégrer ces trois joueurs qui nécessitaient une base différente. Notre idée était donc de renforcer cette structure défensive afin que les trois puissent se concentrer pleinement sur la créativité. »