Exclu CS – Emmanuel Grégoire élu maire de Paris, quel avenir pour le Parc des Princes ?

Le PSG aimerait devenir propriétaire de son stade. Dans l’idéal, il aimerait racheter le Parc des Princes. Avec le changement à la tête de la ville de Paris, cette possibilité pourrait revenir sur la table. Élu maire de Paris avec 50,52% des voix, devant Rachida Dati (41,52%), Emmanuel Grégoire est favorable à une vente du Parc des Princes. Au lendemain de ces Municipales 2026, retrouvez la retranscription des entretiens exclusif à Canal Supporters du nouvel édile de Paris. Dans cet entretien, Emmanuel Grégoire a évoqué les conditions pour qu’il vende le Parc, le prix de ce dernier, les relations entre le PSG et la mairie de Paris, ses discussions avec le club sur la vente en tant que premier adjoint d’Anne Hidalgo, la possibilité de voir le PSG de nouveau célébrer les titres dans les rues de Paris

Est-ce que j’ai eu des échanges avec le PSG au sujet du Parc des Princes ?

« J’en ai eu beaucoup et pendant très longtemps puisque quand j’étais premier adjoint, j’ai eu la charge de discuter de façon régulière avec le PSG. D’abord, j’ai vu beaucoup d’intérêt personnel parce que je suis fan de foot et un supporter du PSG. Et pendant longtemps, nos discussions ont été très constructives et dans une très bonne entente, même s’il y a eu un moment où ça a grippé. Et puis, il ne faut pas oublier que le PSG, c’est aussi d’autres sections sportives et donc on a par définition beaucoup d’autres sujets avec eux autour du handball, évidemment de l’équipe première du foot, mais aussi de l’équipe féminine. Donc, on a plein de sujets à voir avec eux. »

Quelle place a le sujet du Parc des Princes dans la campagne ?

« Quant à la place du débat dans la campagne, je crois qu’il est assez marginal sur le plan électoral. Les gens ont mille autres sujets, souvent plus graves et plus lourds. Mais par contre, c’est un sujet sensible parce que c’est un sujet de rayonnement pour Paris, le PSG a remporté la Ligue des champions. C’est un club qui s’est inscrit dans l’élite mondiale depuis longtemps. C’est un sujet, comme on dit en mondovision. Personne n’est indifférent à ce qu’il se passe autour du PSG. C’est à la fois essentiel et puis aussi notre fierté.« 

Comment expliquer les liens tendus entre la Mairie de Paris et le PSG ?

« Je l’explique fort bien et on en a parlé avec eux. Parfois en direct et parfois par médias interposés, ce qui est moins agréable. Il y a eu des incompréhensions, des mécompréhensions au moment de la Coupe du monde au Qatar. Maintenant, moi je tourne la page et on a repris des bases de discussions qui me paraissent plus saines, qui sont celles d’une ville comme institution avec un club de sa ville. Premièrement, cela s’est crispé sur les relations médiatiques même si j’en étais pas moi au cœur, mais ça s’est étendu entre nos deux institutions. Et deuxièmement, oui, j’ai souligné que la valeur du Parc des Princes est très liée au fait que le PSG y joue mais il a une valeur. Et ce sera l’un des éléments en discussion dans les mois qui viennent. »

canalsupporters.com



Favorable à une vente du Parc des Princes ?

« Oui, j’y suis favorable à titre personnel. Ça ne surprendra personne dans mon écosystème parce que je l’ai toujours dit ainsi. Et effectivement, pas à n’importe quelle condition. Mes conditions, c’est d’abord mettre en place des clauses qui garantissent une protection de ce lieu à vocation d’accueillir l’équipe première de football du PSG. Quand on vend, c’est pour l’éternité, donc il faut mettre des protections. Qu’il reste un stade de foot et pas autre chose, donc on met des clauses dans le contrat. Si vous êtes propriétaires d’un bien et qu’un jour vous décidez de le détruire pour mettre des immeubles à la place, et bien moi je veux faire en sorte qu’il y ait une protection qui empêche cela. La deuxième chose, c’est que l’on s’entende sur le prix parce que lorsque l’on vend un bien public, on est très surveillé sur ce prix. C’est le ministère des Économies et des Finances qui est chargé d’évaluer qu’on le vend au bon prix. Et la troisième chose pour être parfaitement complet, c’est que ce n’est pas le maire qui décide si l’on vend. Ceux qui décident, ce sont les conseillers de Paris. C’est le Conseil de Paris. C’est pour ça que je vais proposer une méthode nouvelle. C’est de saisir le Conseil de Paris, d’obtenir un mandat de la part du Conseil de Paris, parce que ce n’est pas la peine de moi vouloir le vendre si à la fin le Conseil de Paris ne me suivait pas. On perdrait du temps en plus. Je pense arriver à créer les conditions en matière d’instruction du projet pour rassurer le PSG sur le fait que c’est crédible de réengager des discussions approfondies et deuxièmement pour convaincre une majorité au Conseil de Paris. Je le dis parce que le Parc des Princes, qui est un bâtiment complexe, un bâtiment un peu ancien. Il date maintenant. Il va nécessiter des investissements lourds de mise à niveau. Moi, je préfère consacrer l’argent public à des choses plus utiles, notamment en faveur du sport de proximité. Moi, le deal gagnant-gagnant que je propose, c’est vendre le Parc des Princes et mettre la somme que nous toucherons en faveur du sport de proximité et de l’aménagement de la ceinture verte et sportive. Créer plus de terrains de jeu, rénover des gymnases, créer des gymnases, des dojos, des complexes multisports. C’est de ça que les gens ont besoin et pas que je dépense l’argent public pour une équipe professionnelle qui n’a pas besoin de moi. »

Les projets autour du Parc

« Ma vision, ce n’est pas uniquement un projet pour le stade, mais c’est un projet pour tout le quartier. C’est un quartier qui en a besoin. C’est un quartier situé entre la porte de Saint-Cloud et la porte d’Auteuil, qui certes est parfois entouré de quartiers huppés mais qui a aussi des endroits où il y a des logements sociaux. Je veux profiter de l’occasion pour requalifier ce projet, le projet que l’on appelle le projet de la porte des Princes, dans lequel on souhaite couvrir une partie du périphérique, dans lequel on souhaite faire un lieu de destination à vocation de sport de proximité mais aussi de loisir. Et d’une certaine manière, donner de la résonance au projet du club, de profiter de la marque PSG pour faire des choses en plus au bénéfice de toutes et de tous. Et donc autour du loisir. J’aimerais beaucoup qu’il y ait un espace muséographique du PSG. Je porte l’idée qu’on fasse un Wall of Fame des anciens qui ont contribué à la gloire de ce club parce qu’il y en a énormément avant que l’on gagne finalement cette Ligue des champions, il y a eu énormément de campagnes très glorieuses dans l’histoire de ce club. On peut faire plein de choses hyper sympas, mais qui ne bénéficient pas qu’aux supporters de foot, mais aussi aux riverains, à l’environnement. Requalifier cet endroit, notamment sur la passerelle Géo-André qui est entre la porte de Saint-Cloud et le Parc des Princes, qui aujourd’hui est en mauvais état et qui mérite que l’on la rénove. »

Le prix de vente du Parc des Princes ?

« Bollaert vendu entre 27 et 40 millions d’euros, San Siro vendu pour 197 millions d’euros. J’ai une fourchette pour le prix de vente du Parc. J’ai une fourchette. Elle est entre zéro et un milliard. Elle est large (rire !) mais parce que quand on vend un truc, on évite de lancer le prix comme ça. C’est une négociation et donc la confidentialité est au cœur de la défense des intérêts de Paris. Je connais le prix que le PSG pourrait proposer ? Non, je ne le connais pas. Quand je dis un milliard, ce n’est pas au hasard. C’est que sur une pure évaluation urbaine, l’emprise foncière dans ce quartier-là avec les prix de l’immobilier qui vont avec, c’est à peu près estimé par les spécialistes autour d’un milliard d’euros. C’est pas un milliard d’euros, puisque l’on va mettre des contraintes qui les empêcheront de détruire le Parc pour y construire des immeubles à la place. Mais entre les deux, ça dépend beaucoup des hypothèses. Le principe de l’évaluation d’un bien public, c’est quels sont les revenus futurs générés par le bien en question. Et donc, pour raisonner, si le PSG y joue, ça rapporte beaucoup. Si le PSG n’y jouait plus, ça rapporterait beaucoup moins. Ce sera un travail au cœur des discussions. Mon intuition, c’est que si on est tous de bonne volonté, et avec l’accompagnement, je le redis, des tutelles dont j’ai besoin de l’expertise et entre guillemets de la garantie du respect de l’intérêt et de la protection des intérêts des Parisiens, et bien nous arriverons à nous entendre. Les fourchettes de prix que vous donnez illustrent des exemples qui montrent qu’il y a des variations. La nuance que je rajoute là-dessus, c’est que je ne vendrais pas à n’importe quel prix. Je veux assumer le fait que je suis protecteur du patrimoine et des intérêts des Parisiens. Et si le PSG décide que c’est trop cher pour eux et donc de partir, ils partiront, c’est la vie, c’est comme ça. Moi, je ne vais pas me rouler par terre. C’est soit on veut ensemble, construire une nouvelle histoire porte de Saint-Cloud. Je vais donner un exemple. Si le PSG veut un stade de 100 000 places, ça ne rentre pas entre la porte de Saint-Cloud et la porte d’Auteuil. Si leur nouveau projet, c’est 100 000 places, des hôtels, des machins avec tout ce qui va avec, ça ne peut pas être à Paris. Il n’y a pas de place. Mais je n’ai pas compris qu’ils étaient arqueboutés sur ça. Donc moi, je leur fais confiance et je nous fais confiance pour que l’on arrive à trouver une solution. Mais la solution, c’est que ce doit être un accord gagnant-gagnant et pas sacrificiel de l’intérêt du patrimoine des Parisiens. Ça pour le coup, j’en suis comptable devant l’Histoire. »

Le Parc, un coup de campagne ?

« Personne ne votera pour moi parce que je le vends au PSG et personne ne votera pas pour moi de façon absolue parce que je veux le vendre au PSG. Simplement, sur les supporters, c’est plus compliqué. En réalité, il y a des supporters qui ne sont pas favorables à la vente. Dans les consultations, y compris celle réalisée par le PSG, ce n’est pas 100% des gens qui veulent une vente comme ce n’est pas 100% qui ne veulent pas la vente. Moi, pourquoi je veux y arriver, c’est parce que je veux garder le PSG à Paris. Ensuite, il n’y a aucune incohérence chez moi, aucune. Pendant plusieurs années, j’ai été chargé d’instruire l’hypothèse de la vente. Il se trouve qu’à un moment donné, les relations se sont dégradées. Et d’un seul coup, les choses ont changé. Pas la mienne, pas la mienne. À aucun moment. Et d’ailleurs, je n’ai jamais dit dans la presse que j’étais défavorable à la vente. Parfois, ça arrive aux politiques, des circonvolutions, pour ne pas manquer de loyauté à l’égard de celle dont j’étais le premier adjoint. Mais, personne n’ignore dans le landernau que j’étais favorable à la vente. J’ai toujours dit que le PSG devait rester à Paris. Mais j’ai vite compris, parce que j’y ai travaillé pendant plusieurs années, que si on voulait que le PSG reste à Paris, la vente était une condition qui semblait incontournable. J’ai essayé de convaincre le PSG que le bail emphytéotique était une option intéressante pour eux, sur le plan économique, sportif, rapidité de mise en œuvre… Je n’ai pas réussi, dont acte, soit on leur vend soit ils partent. Donc, il faut que j’explore la vente avec sérieux. » 

Si le PSG quitte le Parc et Paris, un échec ?

« Ça dépend. En gros, s’il n’y a pas le prix et tout, j’assumerai. Encore une fois, on vend pour l’éternité. S’il n’y a pas le prix, et bien les conséquences iront avec. Et je ne vais pas me rouler par terre. J’ai plein de choses à faire, il y a des priorités. Je veux le dire au PSG, ce n’est pas un rapport de force où je suis un microbe et eux la semelle au-dessus. Ce n’est pas ça. C’est un accord pratiquement philosophique et politique, sur ce que l’on veut faire du PSG et où on veut le mettre. Moi, je l’ai dit, ma totale motivation pour trouver une solution. Et donc, est-ce que ce sera un échec ? Oui. Mais ce n’est pas grave, c’est la vie, c’est ainsi. Je peux citer quarante clubs majeurs européens qui ont fait ça. La capacité de développer ce nouveau projet exceptionnel sur place, pourquoi on irait le faire ailleurs. C’est juste ce que je veux dire. Je pense qu’avec le PSG, nous avons un intérêt partagé à privilégier le maintien sur site. Si on est tous raisonnables et responsables, on y arrivera. Si le PSG part, ce serait un drame pour les amateurs de foot. À l’échelle du monde, personne ne sait où est Stamford Bridge, personne ne sait où sont les stades, où est Arsenal. Ce que je veux dire, c’est que dans l’imaginaire, ce sont des clubs dont le rayonnement s’impose par les performances sportives. Pas par la géographie de leur stade. Ce n’est pas ça le sujet. Le sujet, c’est que c’est surtout un très beau projet urbain que l’on peut construire à cet endroit-là et deuxièmement, les touristes qui viennent à Paris ne viennent pas pour aller au Parc des Princes. Mais, il se trouve que cela peut y contribuer. C’est plus facile de le faire là que dans les autres options de site qui sont envisagés. On a une histoire intime avec le PSG et Paris. C’est le club de notre ville. S’il partait, il deviendrait un club du Grand Paris et plus de Paris. Mais ce n’est pas dramatique. Mais moi, je pense que ce serait dommage. » 

La relation Paris-PSG

« Évidemment que quand le PSG gagne un trophée, je veux les accueillir à l’hôtel de ville pour fêter dignement nos champions. Les reproches autour de la finale de la Ligue des champions ? Ce n’est pas juste d’en faire le reproche à Anne Hidalgo. Pourquoi ? Parce que déjà, elle n’a pas été invité à la finale. Je ne sais pas si elle y serait allée si elle avait été invitée. Et deuxièmement, ce n’est pas la ville qui a empêché les célébrations. C’est aussi des relations parfois un peu exigeantes avec la préfecture de police. Moi, ce que je souhaite, c’est que l’on revienne dans une relation apaisée qui nous permette d’avoir des fêtes populaires autour des victoires des clubs de sports de Paris, quelles que soient leurs disciplines, le basket, le foot… C’est de la retransmission de matches sur la place publique, c’est la question de la célébration des trophées à l’hôtel de ville et aussi dans les rues, à l’exemple de ce qui a été fait, de façon un peu dégradée, autour du PSG. Le sport a cette vertu magique de créer des moments de communion populaire et de joies populaires. Honnêtement, le monde est assez anxiogène pour que l’on ne puisse pas se priver de moments de joie et de communion. Moi, comme maire, je me battrai pour que l’on puisse célébrer nos champions quand ils nous rapporteront des trophées. »

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page